Marseille : les renforts sont-ils à la hauteur ?

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Marseille : les renforts sont-ils à la hauteur ?
Le gouvernement a témoigné mardi sa volonté d'enrayer la spirale de violence qui sévit à Marseille.@ MAXPPP
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Jean-Marc Ayrault a annoncé l'arrivée de renforts du côté de la police judiciaire et des CRS.

Le gouvernement a témoigné mardi sa volonté d'enrayer la spirale de violence qui sévit à Marseille. Lors d'un déplacement impromptu en compagnie de cinq ministres, au lendemain d'un nouveau règlement de comptes mortel dans les quartiers nord de la ville, Jean-Marc Ayrault a annoncé quelques mesures comme l'envoi de 24 policiers enquêteurs de police judiciaire. A ces effectifs supplémentaires doit s'ajouter une compagnie de CRS, soit environ 130 hommes, qui arriveront dès mercredi en complément des trois déjà présentes.

"Un nouveau message de mobilisation et de confiance". "J'ai décidé avec l'accord du ministre de l'Intérieur d'affecter à Marseille 24 policiers supplémentaires à la police judiciaire pour faire de l'enquête, de l'investigation, trouver les coupables et les remettre à la justice", a déclaré le Premier ministre lors d'une conférence de presse. "Immédiatement, demain matin une CRS supplémentaire sera présente sur l'espace public pour adresser un nouveau message de mobilisation et de confiance", a-t-il ajouté.

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"L'équivalent de quatre groupes d'enquête". Le gros des renforts se concentre donc sur les 24 hommes qui s'ajouteront aux effectifs de la police judiciaire marseillaise qui compte actuellement environ 400 policiers. Sur le papier cela semble peu, mais pour les services de la PJ, il s'agit d'un renfort non-négligeable. C'est en effet l'équivalent de quatre groupes d'enquête pour un travail de longue haleine.

Selon les informations d'Europe 1, les policiers devraient arriver d'ici à la fin du mois de novembre. Le temps d'un appel à candidature, qui devrait permettre de renforcer les sections criminelles et antigang. Objectif : lutter contre les règlements de comptes qui constituent le vrai défi des affaires souvent insolubles.

"Reconquérir les quartiers". Cette fois en revanche, pas de renfort pour les commissariats. La sécurité publique a, en effet, déjà été largement servie lors de la vague de 240 policiers annoncée l'an dernier par Jean-Marc Ayrault. La priorité est toutefois mise à l'investigation et au maintien de l'ordre. Une compagnie de CRS supplémentaire doit ainsi arriver mercredi pour "reconquérir les quartiers", selon un haut fonctionnaire.

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Des renforts insuffisants, selon Alliance. Si ces ambitions sont plutôt bien accueillies par les syndicats de police, certains estiment qu'elles ne sont pas suffisantes. Jean-Marie Allemand, délégué du syndicat Alliance police nationale, estimait en effet avant cette annonce qu'il manquait 300 policiers de terrain à Marseille. "Il y a de l'insécurité à Marseille. Aucune ville de France, ni même d'Europe n'a enregistré 11 morts et 9 blessés graves dans des règlements de comptes", souligne Jean-Marie Allemand.

La situation est-elle vraiment incontrôlable à Marseille ? Un spécialiste des questions de délinquance précise, pour sa part, que les chiffres ne sont pas forcément plus dramatiques qu'il y a quelques années, mais que l'enchainement de trois faits divers ces derniers jours a remis un coup de projecteur sur la cité phocéenne, où sur une année complète les violences ont baissé de 4% et où les vols et dégradations sont aussi en repli de 2%.

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Pour rappel, treize personnes ont été tuées dans les Bouches-du-Rhône depuis le début de l'année dont 11 à Marseille. En 2012, 24 règlements de comptes mortels ont eu lieu dans le département, dont 18 à Marseille, la plupart sur fond de rivalités autour du trafic de stupéfiants.

Le 6 septembre 2012, Jean-Marc Ayrault avait annoncé une "stratégie globale" pour faire de Marseille une métropole de dimension européenne et enrayer la violence endémique. Les 230 policiers et gendarmes arrivés en renfort et la mise en place de deux zones de sécurité prioritaire (ZSP) dans les quartiers sud et nord de la ville ne sont toutefois pas jugés suffisants par les élus locaux comme par les syndicats de policiers pour assurer la sécurité 24 heures sur 24.