Marseille: la situation dure "depuis 100 ans"

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Marseille: la situation dure "depuis 100 ans"
"La problématique générale à Marseille dépasse largement les questions des règlements de comptes", estime Alain Bauer.@ MaxPPP
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INTERVIEW - Le criminologue Alain Bauer s'agace de la polémique  après un règlement de comptes.

"Le  ministre de l'Intérieur ne fera pas en une semaine ce qui n'a pas été fait en un siècle à Marseille". Le diagnostic est sans appel et porté par un expert ès criminologie, Alain Bauer, ancien patron de l’Observatoire national de la délinquance. Agacé par l’agitation provoquée par un énième règlement de comptes dans la Cité phocéenne, et l’évocation d’un éventuel recours à l’armée, ce spécialiste pousse un coup de gueule pour appeler les responsables politiques à la raison.

"Une guerre de succession à Marseille"

"La problématique générale à Marseille dépasse largement les questions des règlements de comptes", estime Alain Bauer. Selon lui, "il y a à peu près le même nombre de règlements de compte depuis cent ans dans cette ville".

"Il y a à Marseille une guerre de succession", observe le criminologue, ancien conseiller spécial de sécurité de Nicolas Sarkozy et proche de Manuel Valls, l’actuel ministre de l’Intérieur. "Les nouveaux caïds des banlieues ont essayé de se partager le gâteau marseillais. Je pense que le ministre de l'Intérieur en est parfaitement conscient", ajoute-t-il.

"Organiser une sorte de sommet des criminels"

Pour Alain Bauer,  "il faut que l'autorité judiciaire et le pouvoir se mettent d'accord sur ce que sont les objectifs. Si l'objectif est une opération main propre à Marseille, il faut y prendre des moyens considérables et s'exposer à une véritable guerre criminelle", prévient le criminologue.

"S'il faut pacifier provisoirement la situation et la rendre moins visible, il faut organiser une sorte de sommet des criminels", suggère très sérieusement Alain Bauer, "pour qu'ils mettent fin à leur petite guérilla qui a commencé avec la guerre des machines à sous en 85-86 et qui avait fait à l'époque près de 75 morts. Un chiffre que le criminologue juge "considérable  dans un pays où, malgré tout, on assassine relativement peu".