Marseille : l’improbable recours à l’armée

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Marseille : l’improbable recours à l’armée
L'armée n'est jamais intervenue dans l'histoire récente en France pour maintenir l'ordre dans des quartiers difficiles.@ REUTERS
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L’Etat n’a jamais employé la force militaire pour mettre un terme à des troubles dans les cités.

C’est une constante : l'armée n'est jamais intervenue dans l'histoire récente en France pour maintenir l'ordre dans des quartiers difficiles, y compris lors des émeutes de 2005. Et ce, malgré les demandes ponctuelles d'élus locaux, la dernière en date émanant de la sénatrice socialiste Samia Ghali, jeudi, au lendemain d'un règlement de comptes mortel à Marseille.

Dans le cadre du plan Vigipirate, des soldats de l'armée de terre ou de l'air patrouillent régulièrement, notamment en région parisienne depuis une dizaine d'années, accompagnés de policiers ou de gendarmes mobiles, dans les aéroports et les gares ou près des lieux touristiques comme la Tour Eiffel.

Les militaires ont l'habitude de surveiller les lieux stratégiques :

Et au cours de la Vème République, des concours ponctuels ont été apportés par l'armée de terre pour le transport d'usagers ou le ramassage des ordures pendant des grèves des transports ou d'éboueurs. L'armée est aussi intervenue en France lors de catastrophes naturelles.

Lors de la tempête Klaus en 2009, l'armée avait été envoyée en renfort :

Mais jamais dans des contextes de violences urbaines, y compris en mai 1968 ou lors des émeutes dans de nombreux quartiers à travers la France en novembre 2005.

La question du recours à l'armée avait été évoquée lors des émeutes de 2005 :

Pour autant, des élus réclament régulièrement l'intervention des militaires pour épauler les forces de l'ordre. Comme Samia Ghali à Marseille, Stéphane Gatignon, le maire écologiste de Sevran, en Seine-Saint-Denis avait demandé en juin 2011 au ministre de l'Intérieur "d'envisager une présence de l'armée 24 heures sur 24 avec une fonction de force d'interposition afin de faire cesser lesrèglements de compte et d'éviter les risques de balles perdues et de tragédies".

Le maire de Sevran demandait en 2011 une présence de l'armée 24 heures sur 24 :

Ségolène Royal, alors candidate à la primaire socialiste, avait estimé que Stéphane Gatignon avait "parfaitement raison" de demander l'aide de l'armée. Jean-Jacques Urvoas, secrétaire national à la sécurité du PS, avait au contraire estimé que cette demande était "une très mauvaise idée car elle traduirait l'impuissance de l'Etat et s'inscrirait en sus dans une stratégie de tension qui ne peut que desservir la population". A cette époque, un sondage IFOP révélait que 60% des Français estimaient que le recours à l'armée constituerait "un symbole de retour de l'ordre républicain dans certaines zones du territoire". Mais 81% des Français jugeaient aussi que "ce n'est pas à l'armée, mais aux forces de police d'assurer la sécurité publique".

Ce jeudi, François Hollande a d'ores et déjà clos la polémique. Le président de la République a assuré que "l'armée n'a pas sa place pour contrôler les quartiers de notre République". "La gendarmerie peut être présente dans certaines zones, elle l'est", a-t-il ajouté. "Et c'est le travail de la police, qui doit d'ailleurs être renforcée encore à Marseille, que de faire en sorte que soit éradiqués cette violence, cette criminalité et ces trafics", a conclu le chef de l'Etat.