Maroc : un Français jugé pour pédophilie

  • A
  • A
Maroc : un Français jugé pour pédophilie
@ Reuters
Partagez sur :

Le directeur d'un hôtel de luxe à Marrakech est convoqué vendredi devant un tribunal marocain.

C'est une bien sombre affaire, à l'ombre des palmiers de Marrakech.  Patrick Finet, le directeur français d'un palace en construction dans la palmeraie, fait l'objet d'un avis de recherche délivré par le procureur de la Ville rouge pour "débauchage" et "prostitution de mineurs".  Ce dirigeant de la chaîne hôtelière Mandarin Oriental a quitté le Maroc en février 2011. Or, il est convoqué vendredi devant le tribunal correctionnel de Marrakech rapporte Le Mondemercredi. Deux de ses anciens chauffeurs y comparaîtront pourtant pour "aide à la prostitution" et participation à "l'exploitation d'enfants pour du matériel pornographique".

Un différend commercial révèle l'affaire

L'affaire a été révélée, presque par hasard, à la suite d'un différend commercial. Jaouad Kadiri,  un riche entrepreneur, propriétaire du terrain où s'érige le palace, avait signé avec Mandarin Oriental un accord de gestion "clés en main" : la construction de l'hôtel était à sa charge. Les travaux se sont avérés plus que coûteux, à la mesure d'un  palace, mais l'ouverture prévue en 2010 n'est jamais arrivée.  A défaut de clients richissimes, la suite de 500m2, a servi un temps au tournage du film Sex and the city II. Au final, l'entrepreneur marocain  a hérité d'une note de 103 millions d'euros. Jaouad Kadiri en est alors persuadé, Mandarin International a voulu l'"asphyxier" pour racheter son hôtel à "vil prix", rapporte Le Monde.

En février 2011, le groupe rompt donc son contrat avec le Marocain et Patrick Finet quitte le pays précipitamment… en laissant derrière lui son ordinateur. Entre les dossiers comptables et les mails professionnels, les huissiers saisis par Jaouad Kadiri ont alors découvert "de nombreux clichés et une trentaine de vidéos pornos", relate encore le quotidien. L'ordinateur a également dévoilé que Finet, sous le pseudonyme "Louis 14", consultait bon nombre de sites classés X. L'entrepreneur a finalement porté plainte en septembre 2011 "pour utilisation d'une maison, le réseau Internet, et une voiture de l'hôtel afin de se livrer à des agissements sexuels sur mineurs". Une enquête a alors été ouverte et confiée à la gendarmerie royale marocaine.

Des garçons de 14 à 20 ans

Au fil des témoignages, les enquêteurs ont découvert que le Français aurait utilisé une "petite maison au fond du domaine" pour y "recevoir de jeunes garçons de 14 à 20 ans" que "les chauffeurs marocains de Patrick Finet – détenus quelques mois en prison – ramenaient à la villa". Lors de ces "réceptions", le directeur se serait livré, selon les témoins, à des sessions de baignades "nu", dans la piscine, avec les adolescents. Selon, le témoignage du jardinier du domaine, que rapporte, Le Monde"il faisait ensuite rentrer chez lui tous ces enfants dans la chambre à coucher qu'il fermait". L'employé a assuré qu'il ne savait pas "ce qu'il faisait dedans". Version officielle, du "sport" et des "massages".

Avec ses 30 ans d'expérience dans l'hôtellerie de luxe, Patrick Finet est désormais en charge de superviser l'ouverture en 2013 d'un nouvel établissement du groupe Mandarin à Milan. Convoqué le 6 juillet par la chambre de commerce internationale, qui arbitre le volet commercial de l'affaire, l'hôtelier a clamé sa "totale innocence", promettant de "contester" des accusations "colportées", selon lui, "par des adversaires" entretenant "des connexions" avec les "services secrets" du royaume, rapporte Le Monde.

"No comment" chez Mandarin

Une plainte visant les dirigeants français du groupe pour "faux" et "escroquerie" évoquant l'affaire de pédophilie a également été déposée en juillet devant le procureur de Paris par Me Pascal Garbarini, l'avocat français de Jaouad Kadiri. "On peut s'interroger sur l'attitude de la direction de Mandarin qui, informée de ces faits, a nommé M. Finet à Milan", a confié l'avocat au Monde. De son coté, le groupe hôtelier garde "une parfaite zénitude", en se refusant à tout commentaire.