Mariage gay : et du côté de l'islam ?

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Mariage gay : et du côté de l'islam ?
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Comme les autres autorités religieuses, les institutions musulmanes marchent sur des œufs.

Pour les trois grandes religions de France, l'exercice est délicat. S'appuyant sur les textes sacrés, elles condamnent l'homosexualité, refusent le projet de loi sur le mariage gay mais rejettent toute forme d'homophobie. Les autorités musulmanes de France ne dérogent pas à la règle.

"La non-conformité du 'mariage homosexuel' avec les principes de la jurisprudence musulmane fait l’unanimité au sein de toutes les écoles juridiques musulmanes", rappelle ainsi Mohammed Moussaoui, président du Conseil français du culte musulman (CFCM) sur le site de l’institution chargée de représenter les musulmans de France. Celle-ci s'appuie sur des passages du Coran et notamment le verset 13 de la sourate 49 : "Ô hommes ! Nous vous avons créés d’un mâle et d’une femelle, et Nous vous avons répartis en peuples et en tribus, pour que vous fassiez connaissance entre vous."

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"L'Islam en France ne peut être taxé d'homophobie"

Interrogé sur Europe 1 mardi, le recteur de la Grande mosquée de Paris Dalil Boubakeur a réaffirmé cette position : "Ce sont les textes sacrés qui disent que cette pratique [l'homosexualité] a mené Sodome et Gomorrhe à être détruites par Dieu", citant l’Ancien Testament. Mais pas question pour autant de justifier toute hostilité envers les homosexuels. "L'Islam en France ne peut être taxé d'homophobie. Nous rejetons ces attitudes", a insisté Dalil Boubakeur, qui ajoute : "Je n'ai à culpabiliser personne, à condamner personne. Dieu a créé cette orientation comme il a créé la variété de l'humanité et je dois l'accepter".

Prenant ses distances avec la polémique sur le mariage gay, le recteur a choisi de ne pas participer à la grande manifestation contre le mariage homosexuel qui se tiendra le 13 janvier contre le projet de loi gouvernemental. "Chacun pourra s’y rendre", selon sa "liberté de conscience", a-t-il toutefois précisé. Plusieurs organisations musulmanes y comptent bien : l’Union des Organisations islamiques de France (UOIF) et l’organisation musulmane et patriote "Fils de France" appellent ainsi à la mobilisation sur leur site Internet. 


Pas d’invitation des catholiques à la manifestation

Du côté des institutions catholiques, qui ont largement contribué au lancement du mouvement anti-mariage gay, pas d’appel spécifique aux musulmans ni aux Juifs. Sont bienvenus tous les Français "dans le même esprit que nous : contre le projet de loi et contre l’homophobie", explique Frigide Barjot, une des figures de proue catholiques de la manifestation. "Nous ne sommes pas allés chercher les uns et les autres", ajoute-t-elle, précisant que l’association Fils de France et des imams se sont joints au mouvement d’eux-mêmes. Proche des milieux catholiques intégristes, l'institut Civitas se montre, sans surprise, moins ouvert aux autres religions. "Nous avons une démarche catholique assumée sans être source d’exclusion", justifie "Alain Escada, président de l’institut. "Quelques musulmans viendront probablement nous voir à titre personnel comme c’était le cas lors de la manifestation du 18 novembre."

"Allah est miséricordieux"

Sans forcément avoir prévu de manifester pour ou contre le projet de loi, de jeunes musulmans interrogés par Europe1.fr livrent leur point de vue, souvent complexe, sur un sujet encore tabou pour leurs parents. "C'est contre nature", estime plusieurs d'entre eux, souvent des garçons, pour expliquer leur opposition. Mariam, 32 ans, partage cet avis. Mais elle ajoute assumer son choix d'avoir voté pour François Hollande et acceptera l'adoption de cette loi qui figurait dans son programme : la démocratie, "c'est la France que j'aime", ajoute-t-elle. Nabila, 26 ans, se dit, elle, "mitigée". Dans son entourage, beaucoup de jeunes musulmans sont radicalement opposés au mariage gay et elle-même se dit contre "quand [elle] réfléchi[t] par rapport à la religion." Mais, éducatrice spécialisée, elle côtoie chaque jour des enfants souffrant de troubles comportementaux. "Si au lieu d'aller dans des foyers, les enfants vivaient avec des parents aimants, ce serait mieux", note-t-elle. "C'est dur d'avoir sa propre opinion", conclut-elle.

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© MaxPPP

Pour d'autres, leur foi et leur soutien au projet de loi ne sont pas contradictoires. Ainsi, Olfa, 29 ans, "croyante et pratiquante" affirme qu'"il faut voir au-delà de la religion" : "La science et la psychologie ont prouvé que l'homosexualité n'était pas une perversion ni un problème mental ou autre et je crois en cela." Et, ajoute-t-elle, "je reste sur une phrase qui est souvent répétée dans l'Islam : 'Allah est miséricordieux' et l'Islam est basé sur la tolérance des autres croyances et le respect des autres." Naima, 25 ans, se dit quant à elle "pour le mariage civil car il n'y a rien de sacré à [ses] yeux. S'il y avait une cérémonie religieuse, ce serait différent." Quant à Naïme, 32 ans, musulman d'origine indienne, il souligne que pour lui, "c'est plus la tradition que la religion" qui pèse. "Mais moi, ça ne me dérange pas."

Cas particulier, un musulman gay s'est fait connaître pour ne pas avoir attendu l'adoption du mariage pour tous en France : Ludovic-Mohamed Zahed s'est marié à son compagnon sud-africain selon des rites musulmans au Cap. Il a lancé en janvier 2010 l'association  HM2F, Homosexuel(les) musulman(es) de France et créé une salle de prières ouverte aux musulmans homosexuels fin novembre. "Je suis très serein", a-t-il déclaré. "Pour les opposants au mariage homosexuel, la bataille est perdue".