Magistrats, la journée de la colère

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Magistrats, la journée de la colère
La grogne ne cesse de grandir parmi les magistrats, qui doivent battre le pavé jeudi à Nantes, mais aussi dans toute la France.@ MAXPPP
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Michel Mercier a rencontré les syndicats jeudi, une journée qui doit être le point d'orgue de la mobilisation.

Le mouvement de fronde est sans précédent. Une bonne partie des acteurs du monde judiciaire doivent descendre dans la rue jeudi pour exprimer leur malaise et dénoncer le manque persistant de moyens.

La manifestation organisée à Nantes, foyer de la révolte, devrait rassembler, au-delà des magistrats, les travailleurs et surveillants pénitentiaires, les avocats et même des policiers. Dans le même temps, des rassemblements se tiendront devant les palais de justice de toutes les régions de France.

Michel Mercier rencontre les syndicats

En attendant, le ministre de la Justice Michel Mercier cherche à désamorcer le mouvement. Le garde des Sceaux a réuni jeudi matin autour d'une table les représentants syndicaux d'Agen. "Je veux que les magistrats, qui ont un rôle essentiel dans notre vie sociale, soient considérés car ils travaillent beaucoup, contrairement à ce qu’on dit parfois", a-t-il affirmé à Europe 1, à l'issue de cette rencontre. Le ministre a ajouté que "notamment en matière pénale", les magistrats n'étaient pas "laxistes".

Michel Mercier a tout de même nuancé son soutien affiché aux juges, considérant "tout à fait normal" que "nous puissions analyser des situations comme celle de Pornic".

Une fronde quasi-générale

La contestation des magistrats n'a cessé de monter en puissance depuis jeudi dernier, en réaction aux dernières attaques du président de la République. "Quand on laisse sortir de prison un individu comme le présumé coupable (du meurtre de Laëtitia Perrais) sans s'assurer qu'il sera suivi par un conseiller d'insertion, c'est une faute", avait déclaré Nicolas Sarkozy, avant de promettre des sanctions pour les responsables.

Le mouvement a pris une ampleur telle qu’il est qualifié de "lame de fond", par Christophe Régnard, le président de l'Union syndicale des magistrats (USM) : presque tous les tribunaux et cours d'appel, soit 170 sur 195, ont voté un renvoi des audiences non urgentes, selon l'USM.

Les deux points forts de la mobilisation de jeudi seront les manifestations de Nantes, là où tout a commencé, et de Paris. Dans toute la France, les cortèges devraient ratisser large, rassemblant, outre des magistrats, des policiers, des surveillants pénitentiaires, et beaucoup d'autres corps périphériques au monde judiciaire. Jean-Bastien Risson, substitut du procureur de Nantes et membre de l'USM, manifestera "pour la première fois de sa vie". Son but, montrer au gouvernement la "colère" et la "désespérance" de la justice, indique-t-il à Europe 1.

A Colmar, la manifestation a déjà commencé jeudi à la mi-journée. Dans le cortège, le correspondant d'Europe 1 sur place a rencontré Alexandra Chaumé, substitut du procureur en Alsace. "Ce n'est pas du tout une réaction corporatiste", argue la jeune femme, montrant la diversité des manifestants. "Aujourd'hui, il n'y a pas que des magistrats (dans la rue, ndlr)", continue-t-elle, mentionnant notamment la présence de fonctionnaires.

“Pas simplement un problème de moyens“

“Ce n’est pas simplement un problème de moyens, ce n’est pas simplement d’avantage de magistrats, d’avantage de conseillers“, explique Serge Portelli, vice-président du tribunal de grande instance de Paris.

“C’est une considération de ce métier de juge“ que demandent, selon lui, les magistrats :

“Nous voulons un discours de raison (…), qui ne nous accroche pas à un croc de boucher en permanence“, poursuit-il avant de promettre une mobilisation jusqu’à vendredi au moins.

Nicolas Sarkozy attendu au tournant

L'USM, qui avait lancé le mot d'ordre initial de report des audiences, a précisé que les prochaines assemblées générales "tiendront compte de ce que dira ou pas le président de la République", invité jeudi soir de l'émission "Paroles de Français" sur TF1. Au micro d'Europe 1, Françoise Matre, représentante du Syndicat de la magistrature (SM, classé à gauche), a dit "craindre de ne pas obtenir de parole d'apaisement" de la part du chef de l'Etat jeudi soir.

Le secrétaire général de l'USM Nicolas Léger agite déjà le chiffon rouge sur Europe 1 : si le chef de l'Etat "ne rompt pas avec ses pratiques habituelles de provocation", la contestation pourrait "s'étendre, même au-delà de la Justice". Déjà, de nouvelles assemblées générales sont prévues vendredi.