Lutte anti-tabagisme : le rapport choc

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Lutte anti-tabagisme : le rapport choc
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EXCLU - La Cour des comptes dresse un bilan très mitigé de dix années de politique publique.

Fumer nuit à la santé et les politiques publiques de prévention sont censées le faire savoir. Mais ces dernières ont-elles des effets sur notre consommation de tabac ? Non, à en croire la Cour des comptes : cette dernière a toussé en dressant le bilan de dix années de politique de santé et le présente jeudi aux députés. Europe 1 vous en présente les grandes lignes en exclusivité.
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Le verdict : les Français fument toujours autant. Après une légère baisse, la consommation de tabac a retrouvé son niveau d’origine : un Français sur trois fume. Le seul changement est à chercher du côté du profil des consommateurs : les femmes, les jeunes et les plus pauvres fument de plus en plus. Et la facture est lourde : 73.000 morts par an.

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• Ce que l’Etat a fait pour dissuader les fumeurs

Le nombre de fumeurs est resté stable mais ce n’est pas faute d’avoir essayé. L’Etat a en effet multiplié les pistes :
  

- Augmenter les prix. C’est la seule mesure qui produise des effets, souligne la Cour des comptes, mais seulement si la hausse est radicale. En 2003, les prix avaient bondi de 40% en un an avec un effet immédiat sur la consommation.

- Interdire la cigarette dans les lieux publics. La mesure est louable mais les exceptions restent nombreuses et surtout, note la Cour, les sanctions sont quasi-inexistantes.

- Empêcher la vente de tabac aux mineurs. Mêmes causes, mêmes conséquences : les buralistes peuvent être tentés de vendre du tabac aux mineurs, puisqu’ils n’ont qu’une chance sur 100 d’être contrôlés, regrette la Cour des comptes.

- Sensibiliser par des campagnes de prévention. Ces dernières sont utiles mais pas toujours efficaces, faute de moyens. Le rapport pointe d'ailleurs un paradoxe : l'Etat y consacre 100 fois moins d'argent que pour la Sécurité routière alors que le tabac fait vingt fois plus de morts que la route.

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Ce que la Cour des comptes recommande
 

- Une nouvelle (forte) hausse des prix. C’est la seule manière d’obtenir des effets rapides et concrets, souligne le rapport.

- Ne plus montrer les paquets. Plutôt que d’afficher des messages de prévention, la Cour propose de délinéariser les stands des buralistes : en clair, installer les paquets de tabac dans des zones non visibles.

- De vrais contrôles et de vraies sanctions. Trop rares, ils n’ont pas d’effet dissuasif pour les buralistes et les cafetiers. Le rapport propose ainsi de fermer temporairement un bureau de tabac qui n’a pas respecté l’interdiction de ventes aux mineurs.

- Cibler les plus jeunes. La meilleure méthode contre le tabagisme est de dissuader les plus jeunes de commencer à fumer. La Cour des comptes propose donc de cibler particulièrement cette population peu réceptive aux campagnes actuelles.

- Un pilote dans l’avion. Entre le ministère de la Santé, les associations et les autorités indépendantes, les acteurs sont nombreux mais pas assez coordonnés. La Cour des comptes estime que l’Etat devrait réunir tous les acteurs de la lutte anti-tabac sous une seule et même autorité.

• Une réussite impossible ?

Le rapport de la Cour des comptes souligne un dernier paradoxe dans la lutte contre le tabagisme : l’Etat veut dissuader les fumeurs alors que le tabac lui rapporte beaucoup d’argent (15 milliards d’euros par an). Un conflit d’intérêts pour le moins inconfortable.