Libéré après 17 ans de prison au Cameroun : "un moment incroyable"

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Libéré après 17 ans de prison au Cameroun : "un moment incroyable"
@ Max PPP
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TÉMOIGNAGE E1 - Le Français Michel Thierry Atangana a été libéré, après 17 ans de prison au Cameroun. Son fils se réjouit.

Il était derrière les barreaux depuis 1997. Michel Thierry Atangana a finalement été libéré lundi, en fin de soirée, après un décret présidentiel de remises de peine, a annoncé son avocat, Charles Tchoungang. Le Français était détenu depuis 17 ans au Cameroun pour une affaire de détournement de fonds publics. Des faits qu'il a toujours niés. Après sa sortie de prison, Michel Atangana a été conduit à Yaoundé, où se trouve l'ambassade de France au Cameroun.

"Ce combat nous a réunis". Son fils, engagé depuis des années pour faire libérer son père, ne cache pas sa joie au micro d'Europe 1. "Ce jour là, je l'attend depuis tellement longtemps que j'ai encore du mal à réaliser. C'est vraiment merveilleux, pour lui, pour moi, pour toute ma famille. C'est vraiment un moment incroyable que l'on est en train de vivre", commente Eric, qui était tout petit au début de ce calvaire partagé. "Il m'a dit par message qu'il ne fallait pas s'inquiéter. Et qu'il était très content d'être enfin sorti de sa cellule", confie le fils de Michel Atangana.

Eric revient également sur sa relation avec son père, compliquée par la distance et son séjour en prison. "Quand il a été emprisonné j'avais 5 ans. Je n'ai pas vraiment de souvenir avec lui. Mais ce combat nous a réuni. Maintenant on va vraiment essayer de construire une relation père-fils. Je vais le prendre dans mes bras, profiter de chaque seconde que je vais avoir avec lui. Les choses se feront progressivement par la suite", s'enthousiasme Eric. 

"Une remise totale de la peine restant à purger". Sa libération a été rendue possible à la suite d'un décret du président camerounais, Paul Biya, en date du 18 février. Ce décret prévoyait des remises de peines collectives, dont celle de Michel Thierry Atangana. Ce décret "ordonne une remise totale de la peine restant à purger" pour les personnes condamnées pour détournement de fonds publics et "dont la détention a été supérieure à 10 ans".

Condamné, tout comme un ancien proche du président. Détenu depuis 1997, Michel Atangana, Français d'origine camerounaise de 48 ans, rentrait dans ces "critères". Il a en effet été condamné à nouveau en 2012 à 20 ans de prison au Cameroun. Une situation ubuesque pour ses avocats qui dénonçaient deux condamnations pour les mêmes faits.

Michel Thierry Atangana avait été condamné une première fois avec un ancien proche du président camerounais Paul Biya, Titus Edzoa. Il était reproché aux deux hommes d'avoir détourné 1,1 milliard de francs CFA, soit 1,6 million d'euros ; et la tentative de détournement de 59,4 milliards de francs CFA, soit 90 millions d'euros. Selon ses proches, Titus Edzoa a lui aussi été libéré lundi soir.

Michel Atangana, un proche du pouvoir. Les deux hommes avaient toujours nié les faits. Ancien secrétaire général à la présidence camerounaise, l'un des personnages les plus puissants du régime de Paul Biya à la fin des années 80, Titus Edzoa avait brusquement démissionné en avril 1997, annonçant dans la foulée sa candidature à la présidence, avant d'être arrêté quelques jours plus tard.

Présenté comme un proche de Titus Edzoa, Michel Atangana avait été envoyé au Cameroun en 1994 par son employeur pour des projets routiers. La présidence camerounaise lui avait confié la direction d'une structure de travaux publics, avant qu'il ne soit poursuivi.

La France remercie le Cameroun pour son implication. En mai 2013, le président François Hollande avait jugé "inadmissible" la durée de détention de Michel Atangana. A la tête du Cameroun depuis 1982, Paul Biya a reçu des remerciements appuyés de Paris pour son implication dans la libération récente du prêtre français Georges Vandenbeusch, aux mains du groupe islamiste armé nigérian Boko Haram. Ce fut déjà le cas en avril, après la libération des sept otages, dont quatre enfants, de la famille Moulin-Fournier, eux aussi enlevés par Boko Haram.