Les tracteurs ont quitté Paris

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Les tracteurs ont quitté Paris
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Plusieurs milliers d'agriculteurs ont manifesté dans la capitale mardi.

"On est là pour nourrir, pas pour mourir"! Les agriculteurs sont venus exprimer leur mal-être et leur grogne, mardi, dans les rues de Paris. Selon la préfecture de Paris, ils étaient 3.800, 11.400 selon les organisations syndicales, a avoir fait le déplacement. Pas moins de 1.546 tracteurs faisaient également partie du cortège.

Les agriculteurs se disent heureux d'avoir mis "une gigantesque pression sur le gouvernement" :

Une ambiance calme

Dans un communiqué transmis, la Préfecture de Paris a, fait rare s'agissant d'une manifestation dans la capitale , "constaté la bonne tenue de la manifestation" organisée à l'appel de la FNSEA (principal syndicat des agriculteurs) et de ses fédérations régionales entre les places de la Nation et de la République qui "s'est déroulée dans une ambiance calme et responsable".

Après les maraîchers et les producteurs de lait il y a quelques mois, c'était au tour des producteurs de blé, colza et maïs, de clamer leur colère et réclamer l'aide de l'Etat. Leurs revenus ont chuté de 51% en 2009 et le prix des céréales a reculé de 24% dans le sillage des cours mondiaux, selon le ministère de l'Agriculture.

Deux jours de route à tracteur

De nombreux agriculteurs s'étaient lancés depuis la veille, voire l'avant-veille, à l'assaut de la capitale. Certains ont parcouru des centaines de kilomètres à la vitesse de 30 à 40 km à l'heure. Comme Christophe Kirch, parti depuis dimanche de Metz et qui a mis deux jours pour rejoindre Paris pour témoigner que "depuis 2009, il travaille à perte".

Bichonnés par leurs propriétaires, des tracteurs ont pris la pose devant les promeneurs qui prenaient des photos avec leur téléphone portable. Des adhérents du syndicat des Jeunes Agriculteurs (JA) distribuaient aux promeneurs des tee-shirts affichant le slogan "Fauchés comme les blés" et au verso un tracteur barré de la mention "attention - paysans en colère".

"Préserver notre compétitivité"

Véritables chefs d'entreprises nécessitant de lourds investissements, les céréaliers français craignent le démantèlement, à l'horizon 2013, de la Politique agricole commune (PAC) dont ils sont les premiers bénéficiaires. "On n'est pas là pour réclamer de l'argent. On est là pour réclamer d'être payés à la hauteur de la qualité de notre production et pour préserver notre compétitivité", explique Fred Plasmans, céréalier de 42 ans basé dans l'Oise.

La colère des céréaliers de France, dont la productivité est l'une des meilleures du monde, a été ravivée par la hausse des coûts de production, le durcissement des normes environnementales et la redistribution, effective cette année, de subventions européennes en faveur des éleveurs notamment. Selon les syndicats, le manque à gagner pour les céréaliers sera compris entre 80 et 100 euros l'hectare en 2010.

Bruno Le Maire comprend le "désarroi"

Le ministre de l'Agriculture Bruno Le Maire a déclaré mardi comprendre parfaitement le "désarroi" des agriculteurs et les a appelés à ne "pas perdre espoir". Il a insisté sur la nécessité d'adapter l'agriculture française au nouveau monde agricole et d'aider les agriculteurs à passer cette crise grâce à des aides à la trésorerie déjà annoncées par Nicolas Sarkozy il y a six mois.

Parmi les mesures de court terme possibles, le ministre de l'Agriculture souhaite que l'Union européenne achète des stocks de céréales comme elle l'avait fait pour le lait. Il souhaite aussi permettre aux agriculteurs, avec la future Loi de modernisation agricole, de lisser leurs revenus sur cinq ans au lieu de trois actuellement. Le président Nicolas Sarkozy leur a par ailleurs promis lors du Salon de l'Agriculture en mars dernier que, le temps de passer la crise, l'environnement ne serait plus la priorité.