Les sœurs d'Ilan Halimi se confient pour que "ça ne se reproduise pas"

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INTERVIEW E1 - Les sœurs du jeune homme tué en 2006 par "le gang des barbares" reviennent sur cette affaire à quelques jours de la sortie du film 24 jours.

24 JOURS. Il y a huit ans, disparaissait Ilan Halimi, victime des préjugés antisémites et de la barbarie du "gang des barbares". Un film d'Alexandre Arcady  24 jours : la vérité sur l'affaire Ilan Halimi revient sur ce drame en adaptant le livre de la mère du jeune homme torturé et tué par Youssouf Fofana et ses complices. A quelques jours de la sortie au cinéma de ce long-métrage, dans les salles le 30 avril, Europe 1 recevait jeudi matin les deux sœurs d'Ilan Halimi, Yaël Halimi et Anne-Laure Abitbol.

Huit ans, le temps du deuil ? "Non, on ne s'en remet pas", confie Anne-Laure Abitbol au micro d'Europe 1. "C'est une histoire très difficile : même si c'est une épreuve à chaque fois d'en reparler, on est contentes que ce film sorte et que l'on reparle de cette histoire pour qu'on n'oublie pas, que ça ne se reproduise pas", confie Anne-Laure au micro d'Europe 1. Pourquoi s'infliger une telle reconstitution du drame ? "C'est surtout la réalité de ce qui s'est passé ! Le film se rapproche beaucoup de ce qu'on a vécu. Avec ça; il y a quand même le respect des souffrances infligées à Ilan qui n'apparaissent pas dans le film", explique-t-elle. Sa sœur Yaël évoque pour sa part "une étape de plus". "Il y a quelques années et toute la souffrance qu'Ilan a endurée. On pense qu'il est important que le public sache exactement ce qui s'est passé", assure-t-elle.

L'antisémitisme, notamment avec le discours de Dieudonné, est-il toujours aussi fort ? Pour Yaël, la moindre petite étincelle peut aujourd'hui provoquer un incident. "On est vraiment dans un climat qui, à partir de choses un peu anodines, pas méchantes à la base, va dériver. On a des préjugés sur tout type de personnes et de religions, d'appartenances. On en arrive à des formes de violences meurtrières", regrette-t-elle. Et c'est pour cette raison que les deux sœurs veulent parler, malgré la douleur, "d'abord pour la mémoire d'Ilan". "Il faut que l'on sache ce qu'il a enduré gratuitement. Il était tout jeune, il avait 23 ans. Il était tellement ouvert à beaucoup de choses, il s'est retrouvé enfermé justement à toutes ces choses. Ce n'est pas possible de le laisser comme ça dans l'oubli. Que ça ne se reproduise plus ! Qu'il ne se passe plus quelque chose d'aussi grave", tonne Anne-Laure. 



Les sœurs d'Ilan Halimi :  "On est contentes que...par Europe1fr

"Il aurait fallu qu'un seul parle et Ilan était sauvé".  C'est ce silence dans lequel se sont murés les complice de Youssouf Fofana, qui est tout autant responsable de la mort d'Ilan. "Fofana a avoué, il a dit être antisémite. Mais c'est aussi tous les autres : il aurait fallu qu'un seul parle et Ilan aurait été sauvé. Chacun dit qu'il n'a rien fait mais Ilan est quand même parti ! Chacun a fait un petit peu pour qu'il soit là où il est aujourd'hui", regrette Anne-Laure. Yaelle dénonce pour sa part "un monde très individualiste". "L'indifférence règne, je trouve : quelqu'un a un problème dans le métro, 3 personnes sur 70 vont réagir. Chacun veut être tranquille, se protéger, ne pas être dans les problèmes de M. Tout le monde. Je pense que certains ne savaient pas exactement ce qu'il se passait, et ils ne voulaient pas savoir !", déplore la jeune femme. 

"J'ai croisé une de ces accusées dans le métro". Huit ans après les faits, certains des accusés sont désormais sortis de prison. Un état de fait qui n'est pas supportable pour les deux sœurs."J'ai croisé une de ces accusées dans le métro. Ça m'a fait comme un coup de couteau dans le cœur", raconte Anne-Laure. "Je ne m'attendais pas à ce qu'elle soit là car je ne savais pas qu'elle était sortie. Ça m'a fait très très mal", poursuit-elle. "On s'est regardées, et puis j'ai tourné le regard. Je n'arrivais plus à la regarder. J'étais sous le choc. Ce n'est pas une personne liée directement à l'affaire. Elle fait partie de ces personnes qui ont participé un peu, qui n'ont pas parlé. Ils sont tous sortis aujourd'hui, sauf quelques-uns. C'est très dur", confesse-t-elle. Imaginent-elles une libération de Youssouf Fofana ?  "Oui, c'est sûr", assure Yaël. "Je ne sais pas ce qu'il fera après. Je pense qu'il continuera certainement... Il a l'air très décidé dans ce qu'il fait aujourd'hui", estime-t-elle, éludant la question d'un éventuel pardon "c'est très difficile... c'est très difficile comme question".

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