Les profs évalués par leur supérieur ?

  • A
  • A
Les profs évalués par leur supérieur ?
Les responsables d'établissements pourraient évaluer les professeurs des collèges et des lycées à partir de 2012.@ MAXPPP
Partagez sur :

Les syndicats s'inquiètent d'une logique d'entreprise qui s'installe dans les établissements scolaires.

Les collèges et lycées pourraient-ils adopter les techniques de management des entreprises classiques ? Rien n'est fait mais les syndicats ne voient pas d'un très bon œil la mise en place d'une évaluation des chefs d'établissements, annoncé mardi via le site internet spécialisé "Café Pédagogique". Jusqu'ici, les professeurs étaient soumis à un entretien par un Inspecteur pédagogique régionaux (IPR) tous les 4 ou 5 ans en moyenne.

Selon les syndicats, c'est un moyen de "centraliser". "On installe une méthode de management public à l'anglo-saxonne. On va pouvoir nous évaluer sur des critères qui ne font pas l'essence de notre métier. On nous reprochera toujours la réunion à laquelle on n'a pas assisté ", déplore Frédérique Rolet, du Snes-FSU, le syndicat majoritaire des professionnels du second degré.

Des critères flous

Depuis le début des années 90, une vraie culture de l'évaluation de l'entreprise s'est installée en France. Et pour Jean-Louis Bernales, expert en gestion de ressources humaines, les collèges et lycées n'y échappent pas. L'évaluation existe déjà et se calquerait sur celle des "PME françaises". Une méthode que Jean-Louis Bernales appelle "à 360°c : on demande l'avis à tout le monde sur le salarié. Celui des supérieurs, des alter-ego, des subordonnées. C'est très à la mode mais c'est parfois subjectif."

Des critères flous mais une évolution logique pour Michel Richard, proviseur d'un collège à Versailles et secrétaire général adjoint du SNPDEN, le syndicat majoritaire des personnels de direction. "Aujourd'hui, toutes les professions ont des objectifs. Les enseignants comme les autres. Ils ont une mission, un métier, une fonction et des résultats", constate-t-il.

Des "proviseurs managers", ce n'est pas illégitime pour Michel Richard : "on les côtoie tous les jours. On vit au quotidien avec eux. Il ne s'agit pas d'instaurer un climat de défiance. On veut leur proposer une évaluation transparente, c'est-à-dire leur en parler avant et contradictoire où ils pourront solliciter une autre évaluation".

"Un flicage"

Luc est professeur dans un collège en banlieue parisienne depuis 2 ans. Pour lui, en cas de promulgation, ce décret pourrait modifier les rapports professionnels dans l'établissement : "Le proviseur est censé gérer la vie collective de l'établissement mais ca peut se transformer en flicage. Comment va-t-on faire lorsque le proviseur va nous proposer un projet pédagogique alors qu'il ne nous semble pas approprié ? Et bien si on refuse, on sera mal vu…"

Pour lui, le travail des professeurs échappe à "une logique rentabilité et de production "d'une entreprise classique. Il s'interroge sur la pertinence de ces notations : " On ne veut pas être différent des salariés. Mais c'est inhérent à notre métier : sur quels critères peut-on juger qu'une personne est un bon prof ou non ? C'est difficile à dire…"

Contrôler la masse salariale

Si les pouvoirs des proviseurs sont aujourd'hui limités, la tendance pourrait s'inverser dans les années à venir. Jean-Louis Bernales, spécialiste des ressources humaines, va même plus loin. Selon lui, les carottes financières et professionnelles pourraient être activées. "Le fait de donner l'évaluation des professeurs aux proviseurs est en fait un outil de gestion de la masse salariale". Un moyen pour certains de gravir les échelons. Pour d'autres, de les descendre.