"Les personnes qui sont à la rue veulent tout sauf être assistées"

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"Les personnes qui sont à la rue veulent tout sauf être assistées"
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INTERVIEW E1 -  Le créateur d'Emmaüs Défi Charles-Edouard Vincent était jeudi l'invité d'Europe 1.

L'insertion par le travail. Charles-Edouard Vincent a un parcours pour le moins atypique. Diplômé de Polytechnique, de l'Ecole nationale des ponts et chaussées et de prestigieuse université de Stanford en Californie, ce Français a d'abord commencé à travailler à la Silicon Valley.

Puis un beau jour, il décide de tout plaquer, de diviser son salaire par cinq et de quitter le petit monde du CAC 40 pour monter en 2007 Emmaüs Défi, une structure d'insertion pour les sans-abris. En 2013, cette association a mis en place un nouveau dispositif, baptisé "Premières heures", pour permettre aux grands exclus de retrouver le monde du travail. Selon le dernier rapport de l'Insee, le nombre de sans-domicile fixe a augmenté de 50% depuis 2001, atteignant début 2012 le chiffre de 141.500 personnes.

Neuf personnes à la rue sur dix trouvent un emploi. "Beaucoup de personnes qui sont à la rue aimeraient pouvoir retrouver un travail, assure Charles-Edouard Vincent. Mais elles ne le peuvent pas. Il est compliqué d'aller travailler sans avoir pris de douche, sans avoir dormi dans un lit ou sans avoir pris son petit déjeuner." Alors "Premières heures" s'est adapté. "On a mis la marche de l'accès à l'emploi au niveau des personnes. Il s'agit de travailler quelques heures par-ci, par-là, selon les capacités de la personne", explique Charles-Edouard Vincent sur Europe 1.

SDF Paris 930

© Max PPP

Résultat : au sein d'Emmaüs Défi, "neuf personnes à la rue sur dix finissent par retrouver un emploi, un hébergement, une vie sociale", a-t-il constaté. Reste qu'il arrive que la réinsertion échoue. Mais Charles-Edouard Vincent appelle les chefs d'entreprise à ne pas baisser les bras. "Les entreprises ont leur part de combat, elles doivent nous aider, nous, les structures associatives, à prendre le relais. Nous, on va aider des personnes à sortir de la rue, mais après, il faut que ces personnes trouvent un travail en entreprise de manière durable". Car, martèle Charles-Edouard Vincent, "c'est par l'emploi qu'on a de nouveau envie de se réinsérer, de reconstruire des projets de vie."  

150 emplois en 7 ans. Pour financer son action et son développement, Emmaüs Défi peut compter sur ses fonds propres, mais aussi sur des dons d'entreprises et des subventions de l'Etat. "Emmaüs Défi a 7 ans, c'est relativement jeune, rappelle Charles-Edouard Vincent, mais nous avons déjà pu créer 150 emplois, et ce développement, il a fallu le financer grâce à des fondations, notamment la fondation Carrefour." Face aux critiques de l'assistanat, Charles-Edouard Vincent tient à rétablir la vérité. Son expérience, raconte-t-il, lui a montré que "les personnes qui sont à la rue veulent tout sauf être assistées." "Cette image d'assisté est terrible et fausse, insiste-t-il. Ce qu'on fait à Emmaüs Défi, c'est donner les moyens à ceux qui le veulent de s'en sortir." 

Appel aux politiques. Pour y parvenir, Charles-Edouard Vincent appelle aussi les dirigeants politiques à se saisir du "problème". Si Emmaüs Défi est "soutenu au travers des subventions que l'Etat donne aux structures d'insertion", il souhaiterait "qu'aujourd’hui, il y ait une véritable ambition politique sur la question des grands exclus, qui sont les grands oubliés de cette campagne municipale."