"Les Femen ont été prises à leur propre piège"
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3 QUESTIONS À - Galia Ackerman, journaliste auteur d'un livre sur les Femen, estime que le mouvement n'a plus tellement d'avenir.

Les Femen accumulent les déboires judiciaires. Expulsées en juin d'un local qu'elles occupaient illégalement à Clichy-la-Garenne, dans les Hauts-de-Seine, elles comparaîtront cette semaine à deux reprises au tribunal correctionnel de Paris. Mercredi, neuf membres du groupe féministe ultra répondront de dégradations dans un lieu de culte, après leur action seins nus à Notre-Dame, en février 2013. Et vendredi, l'une d'entre elles comparaîtra également pour avoir simulé un avortement dans l'église de la Madeleine, en décembre dernier.

2010 Galia Ackerman CC-BY

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>> Que reste-t-il des Femen en France ? Europe 1 a posé la question à la journaliste Galia Ackerman, auteur du livre Femen (Calmann-Lévy, 2013).

Où en sont les Femen aujourd'hui en France ?

Elles constituent l'un de ces petits groupes indépendants qui ont essaimé depuis que les Femen ont été forcées de quitter l'Ukraine. Avant, il y avait un vrai centre à Kiev et une unité idéologique entre les différents groupes nationaux. Aujourd'hui, ce n'est plus le cas. En France, les Femen, c'est leur leader ukrainienne Inna Shevchenko et quelques recrues françaises autour d'elles. Je dirais qu'elles ne sont pas plus d'une dizaine, même si leur nombre est difficile à estimer car d'autres filles les rejoignent occasionnellement. En tout cas, elles n'ont pas créé de vrai mouvement de masse autour d'elles.

Pourquoi cet essoufflement ?

Le mouvement Femen a été conçu pour s'exprimer à travers la presse. Sans couverture médiatique, leurs actions n'ont aucun sens. Il faut que celles-ci soient de plus en plus dures et spectaculaires, sinon ça ne fonctionne plus. Le problème, c'est qu'en franchissant les limites de la loi en France, elles ont été prises à leur propre piège.

Les Femen n'ont pas bien intégré les réalités françaises. Je l'ai senti lors de leur action à Notre-Dame. Elles considèrent que la religion est un moyen d'oppression des femmes, mais elles n'ont pas compris que contrairement à d'autres pays, en France, l'Eglise n'a pas le pouvoir de décider quoi que ce soit. L'Eglise exprime ses opinions, par exemple contre l'avortement ou le mariage homosexuel, mais personne n'est obligé de suivre. Elles n'ont pas compris que la France est un pays de la loi, et que la lutte pour la liberté ne signifie pas l'anarchie. Par conséquent, leurs actions très radicales elles ont provoqué un désenchantement chez ceux qui, auparavant, appréciaient leur mouvement.

Il ne s'agissait donc que d'un épiphénomène ?

Si elles sont condamnées et écopent de lourdes amendes, je ne vois pas comment elles pourraient continuer, ne serait-ce que matériellement. Elles risquent un gel financier, elles ont été expulsées de leur QG, et elles sont divisées entre elles, car les récentes polémiques ont pourri l'atmosphère. Très franchement, je pense que l'âge d'or de ce mouvement est derrière lui.

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