Les dangereuses liaisons du clan Merah

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Les dangereuses liaisons du clan Merah
Le tueur présumé des tueries de Toulouse et Montauban, Mohamed Merah, a été tué jeudi dans une fusillade nourrie avec le Raid après le siège de 32 heures de son appartement.@ REUTERS
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Des incertitudes demeurent autour du suspect des tueries de Toulouse et Montauban.

Le tueur présumé des tueries de Toulouse et Montauban, Mohamed Merah, a été tué jeudi dans une fusillade nourrie avec le Raid, après le siège de 32 heures de son appartement. Son frère, Abdelkader, interpellé avec sa compagne, et leur mère sont toujours en garde à vue. Après la mort de Mohamed, de nombreuses questions demeurent, non seulement sur son parcours, mais aussi sur le rôle de son entourage dans cette escalade de la violence. Plongée au coeur de la famille Merah. 

Mohamed Merah, enfance troublée

 

Quatrième de cinq enfants, Mohamed Merah a seulement 5 ans quand son père quitte la France et rejoint l'Algérie (son père, 67 ans, vit encore à l'heure actuelle en Algérie, nldr). Interrogé par Europe 1, le Dr Alain Penin, qui a expertisé le Toulousain en 2009, se rappelle avoir noté une "instabilité importante pendant l'enfance", un "mouvement anxieux et dépressif qu'il a tenté de contrôler et de gérer par des comportements antisociaux qui ont été importants dans l'adolescence". Placé en foyer ou en famille d'accueil entre 6 et 13 ans (sa mère avait des difficultés à gérer la fratrie), Mohamed Merah n'a d'ailleurs pas encore 14 ans lorsqu'il fugue pour la première fois.

L'adolescent fait l'objet de quinze condamnations (en 2005, il agresse une éducatrice du foyer Mercadier d'un coup de poing à l'œil, nldr) par le juge des enfants. Condamné entre autres pour vol de sac à main, il est condamné à 18 mois de détention. En 2008, il effectue cinq mois à la maison d'arrêt de Seysses, en Haute-Garonne, où il fait une tentative de suicide et passe quinze jours en hôpital psychiatrique, selon nos informations. Puis il fera cinq mois à Saint-Sulpice, en Midi-Pyrénées. "Sur le plan affectif et relationnel, il est toujours resté célibataire", écrit à l'époque le Dr Alain Penin.

Puis entre deux séjours en Afghanistan et au Pakistan, le multirécidiviste du vol de mobylettes  menace d'un sabre une jeune fille en 2010 (la même année où il tente de s'engager dans la Légion étrangère, nldr). Son tort ? Lui avoir reproché de forcer son petit frère à regarder des vidéos d'Al-Qaïda. "Au moment où je l'ai examiné, il amorçait cette période un petit peu dépressive et notamment cette conversion religieuse. Il commençait à lire le Coran et il mettait en place des éléments de référence qui à mon avis lui faisaient défaut. Tout ça me semble assez fortement lié à cette carence du personnage paternel", rapporte aujourd'hui le Dr Alain Penin.

Passionné de mécanique (il obtient un CAP de carrossier), Mohamed Mehar est également condamné en février dernier à un mois de prison ferme pour "une vieille affaire" de conduite sans permis. Il devait voir un juge en avril pour aménager cette peine, selon Me Christian Etelin, son avocat depuis "2004 ou 2005". Enfin, sa situation financière pose quelques interrogations. "Affichant des ressources plutôt modestes", Mohamed Merah loue pourtant "des véhicules au mois et a plusieurs points de chute en matière de logement". Avant d'être tué jeudi, Mohamed Merah a donné des éléments de réponse, en expliquant qu'il finançait ses très nombreuses armes avec "des casses, donc des cambriolages qui lui avaient rapporté de l'argent", selon le procureur de Paris, François Molins.

Loup solitaire ou agent dormant ?

Les liens de Mohamed Merah avec les milieux islamistes demeurent tout aussi mystérieux. Selon le procureur de Paris, Mohamed Merah – qui se réclame d'Al-Qaïda "a commencé à se radicaliser" dans ses convictions islamistes durant ses périodes de détention, ce qui ne signifie pas que cette évolution est imputable à la prison. Le procureur a également décrit un homme au "parcours assez solitaire" et "peut rester enfermé assez longtemps chez lui", à regarder des "scènes de décapitation".

Après un séjour en Afghanistan où il s'est rendu "par ses propres moyens", Mohamed Merah - qui avait essayé de s'engager en 2010  dans la Légion étrangère – a fait le voyage dans le Waziristan, en 2011. Une partie des zones tribales du nord-ouest du Pakistan, à la frontière afghane, où "il explique qu'il a été formé par Al-Qaïda". Simple  récupération ou preuve d'un lien avec les milieux terroristes, un groupe lié à Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) revendique jeudi la tuerie de Toulouse, perpétrée par "Youssef le Français", qualifié "d'un des chevaliers de l'islam".

Toutefois, certains spécialistes ont déjà appelé à la prudence : l'appartenance de Mohamed Merah à un réseau est loin d'être évidente.

Autre élément troublant : le témoignage d'un officier supérieur américain, en poste à Kandahar. Ce dernier assure au Monde que sur le passeport de l'intéressé figuraient un certain nombre de tampons révélant ses derniers déplacements. L'intéressé se serait ainsi rendu en Israël, puis en Syrie, en Irak et en Jordanie. Pourquoi en Israël ? La même source évoque que Mohamed Merah "aurait pu ou tenté" de se rendre dans les territoires palestiniens.

Abdelkader, "l'organisateur de voyages" ?

 

Abdelkader Merah, l'un des frères de Mohamed, a lui aussi opéré un virage islamiste. Encore plus radicalement peut-être. "Barbe épaisse, tenue traditionnelle, cet aîné – dont la femme était d'ailleurs voilée de la tête aux pieds" (…) était un intégriste religieux", écrit Le Monde. D'après le quotidien, Abdelkader Merah  s'était récemment retiré à Auterive, une bourgade au sud de Toulouse, dans une maison remplie de livres et revues coraniques.

D'ailleurs, lui aussi est un adepte des voyages en terres obscures. Outre plusieurs centaines de grammes d'explosif saisis chez lui cette semaine, Abdelkader est, comme son frère, fiché à la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI) pour son appartenance au salafisme. Celui-ci a fait un séjour en Égypte dans des milieux musulmans radicaux. Abdelkader avait également été "inquiété dans une filière d'acheminement de djihadistes en Irak" il y a quelques années, sans être mis en examen.

Une mère sans "aucune autorité"

Amenée sur les lieux pour le raisonner, Zoulikha A., 51 ans, sans profession, "n'a pas souhaité entrer en contact avec son fils, indiquant qu'elle n'avait guère d'influence sur lui", d'après le ministre de l'Intérieur Claude Guéant. Une mère de famille de 40 ans, qui connaissait la famille Merah depuis plusieurs années, décrit au Parisien.fr "des gens charmants" et raconte que "la maman est finalement partie vers la cité du Mirail lorsqu'elle a divorcé de son mari".

Selon Me Marie-Christine Ételin, l'ancien avocat de Mohamed Mehar, Zoulikha A "a élevé seule ses cinq enfants, relayée par l'une des grandes soeurs, qui se souciait des problèmes de délinquance de son frère Mohamed". Selon les amis de Mohamed Merah, interrogés par L'Express.fr, "une fois ses parents divorcés, Mohamed a été élevé par sa mère qui n'avait aucune autorité sur lui".

Et dans des propos rapportés par Le Point.fr, celle-ci explique : "Il refusait le dialogue avec mon mari qui, évidemment, est contre l'islam radical. Rien ne laissait présager dans son parcours qu'il en arrive à de tels extrêmes." Pourtant, d'après Le Monde, c'est Mohamed qui aurait joué un rôle important dans l'union entre sa mère et son futur beau-père.

Tout remonte à 2008, lorsque les services de police français mettent en évidence des liens entre les frères Mérah et un groupe d'apprentis-djihadistes ariégois et de Toulouse. La plupart des membres de ce groupe sont interpellés et condamnés pour "association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste" en 2007. En 2008, Mohamed Merah rend visite à l'un d'entre eux, Sabri Essid auquel, d'après Le Monde, il apporte de l'argent. Des liens se créent alors entre les familles Merah et Essid. Des liens si importants que Zoulikha A. finira par épouser le père de Sabri Essid.