Les contrôleurs aériens pointés du doigt

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Les contrôleurs aériens pointés du doigt
@ Reuters
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La Cour des comptes critique vertement le système "opaque" de congés officieux en vigueur.

Les aiguilleurs du ciel sont dans la ligne de mire du rapport annuel de la Cour des comptes. L’institution financière souligne une dérive dans le système de congés, susceptible de poser des problèmes de sécurité. Les contrôleurs aériens de la Direction générale de l'aviation civile (DGAC) "ne travailleraient effectivement qu'une centaine de jours par an, pour autant qu'on puisse bien estimer ce chiffre", souligne la Cour.

31 semaines de congés

Sont en cause l'organisation du travail, qui privilégie des vacations longues mais peu nombreuses, mais surtout un système de congés qui échappe au contrôle de la direction. Il s'agit d'autorisations officieuses d'absence - dites "clairances" - accordées par un chef d'équipe à des périodes où il y a sureffectif par rapport au trafic. Il aboutirait à 56 jours d'absence (11 semaines) supplémentaires dans l'année, en plus des 97 jours officiels (20 semaines) de congés.

En raison de l'"opacité" de ce système, défendu par les syndicats, il n'est pas possible à la DGAC de savoir combien les contrôleurs travaillent effectivement, souligne la Cour. Elle juge cette pratique des clairances "inacceptable" et ce fonctionnement "difficilement conciliable avec les impératifs de sécurité" de la profession. Cette question de l'absentéisme des contrôleurs avait déjà été évoquée dans un article du Figaro en septembre 2009.

L’enquête du quotidien rapportait notamment le témoignage d’un employé d’Air France qui a constaté "une diminution du nombre de mouvements d'avions sur les pistes alors qu'il n'y avait aucun problème météorologique ou technique". Les contrôleurs aériens n'étaient en fait pas à l'effectif prévu. Et selon le témoignage d'un pilote d'Air France, "des catastrophes ont été évitées de peu à Paris."

7.476 euros par mois

"L'ampleur du phénomène est difficile à mesurer puisque officieux et sans doute variable d'un centre à un autre, voire d'une équipe à une autre", avait admis le directeur de la DGAC Patrick Gandil. Dans sa réponse à la Cour, le ministère de l'Ecologie confirme aussi cette pratique mais la minimise. "Rien ne permet de dire que le phénomène de clairance puisse avoir un quelconque impact sur la sécurité", juge le ministère.

La Cour critique par ailleurs les disparités de salaires. Les personnels de l'aviation civile seraient ainsi mieux payés que dans le reste de l'administration, avec de surcroît un niveau de primes important, sans contreparties suffisantes, d'après les magistrats. Le rapport cite ainsi la "rémunération type" pour un contrôleur aérien de base en région parisienne: 7.476 euros après vingt ans, dont 4.629 euros de primes.

Pourtant, d'après la Cour, les gains de productivités restent limités en France et l'organisation n'est pas optimale. Il existe ainsi, note-t-elle, 30 centres d'approches d'aéroports en France, chargés de gérer le trafic entre 900 et 3.600 mètres d'altitude, contre 16 en Allemagne et 17 au Royaume-Uni.