Le violeur de Milly-la-Forêt se raconte

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Le violeur de Milly-la-Forêt se raconte
Marie-Christine Hodeau a été violée puis tuée en septembre 2009.
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Manuel Ribeiro Alves Da Cruz est jugé pour le viol et l'assassinat d'une joggeuse en 2009.

Il doit s'expliquer à propos du meurtre de Marie-Christine Hodeau. Cheveux et bouc bruns, regard sombre, Manuel Da Cruz est arrivé mercredi dans le box des accusés. Face à lui, la famille de la victime, une assistante maternelle de Milly-la-Forêt, dans l'Essonne.

Ce violeur récidiviste de 42 ans est accusé d'avoir enlevé, violé et assassiné Marie-Christine Hodeau, alors qu’elle faisait son jogging. Vers 9 heures le 28 septembre 2009, cette femme de  42 ans, est kidnappée sur le trajet qu'elle emprunte trois fois par semaine. Jetée dans le coffre de la voiture de son ravisseur, elle parvient à appeler les gendarmes avec son téléphone portable, avant qu'il ne s'en aperçoive et ne s'en débarrasse. L'homme continue ensuite sa route jusqu'à un bois de la commune de Rumont, en Seine-et-Marne.

Marqué par un père violent

Père alcoolique et ultra-violent : la cour d'assises de l'Essonne a déjà pu examiner mercredi le passé de Manuel Da Cruz. "Mon père était très sévère. Il rentrait bourré, il s'en prenait à moi, il tapait à coups de poings dans la figure", a-t-il déclaré devant la cour.
Elevé par ses grands-parents au Portugal, Manuel Da Cruz a 7 ans lorsqu'il rejoint ses parents en France, avec ses deux soeurs. "A leur arrivée en France, les enfants ont connu l'enfer", a dit l'enquêteur de personnalité. "Mon petit frère, c'est celui qui se faisait frapper le plus", a raconté sa grande soeur, sans décliner son identité. Emue, cette quinquagénaire a raconté "la peur" dans laquelle vivait la famille: "On se cachait sous le lit, sous la table quand il tapait ma mère, elle était toujours en sang. Je lui cachais les yeux pour pas qu'il voie ça, mais on entendait, on entendait les cris". Les quatre frères et soeurs ont aujourd'hui peu de relations.

Manque de suivi psychologique

Déjà condamné en 2002 à 11 ans de réclusion criminelle pour le viol et la séquestration d'une de ses voisines, âgée de 13 ans, Manuel Da Cruz a des "moyens limités d'introspection, d'analyse, un caractère assez fruste", selon un de ses avocats Me Brossier. D’après un autre de ses défendeurs, à sa sortie de prison en 2007, il a eu "un suivi évidemment trop insuffisant. Si il pouvait avoir un suivi personnalisé, ça serait autre chose".

 Un avis partagé par Marie-Ange Le Boulaire, porte parole d'une association de victime de crimes sexuels

Le problème de suivi, c'est également ce que mettent en avant les deux frères de Marie-Christine Hodeau, présents lors du premier jour de procès, et représentés par leur avocat, Me Polion. "Ils ont encore un fort sentiment de colère a l’égard de Manuel Da Cruz, notamment sur son suivi après la peine de 2002", a-t-il expliqué. "On peut tout au moins s’interroger" sur le fait que le meurtrier présumé n'aurait pas commis le meurtre de Marie-Christine Hodeau, s'il avait été mieux suivi judiciairement, a-t-il signifié.

Manuel Da Cruz est accusé d'avoir violé sa victime, puis de l'avoir ligotée à un arbre avant de retourner chez lui à Echilleuses, dans le Loiret, pour changer de voiture. Entretemps, la victime est parvenue à se défaire de ses liens. Marie-Christine Hodeau croise de nouveau le chemin de Manuel Da Cruz qu'elle ne reconnaît pas tout de suite. Mais l'agresseur l'enlève une seconde fois et la frappe. Manuel Da Cruz aurait ensuite étranglé sa victime, dont le corps sera retrouvé deux jours plus tard à Buthiers, en Seine-et-Marne, sur ses indications. 

L'accusé a reconnu les faits. Il encourt la réclusion criminelle à perpétuité, avec une peine de sûreté de 22 ans. Le procès doit durer jusqu'à mardi prochain.