Le trompe-l’œil de la criminalité marseillaise

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Le trompe-l’œil de la criminalité marseillaise
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DECRYPTAGE – Malgré les règlements de comptes, les statistiques ne montrent pas d’explosion de la violence.

Non, la situation ne se dégrade pas. "Le Marseille bashing, je n’aime pas ça". Jean-Claude Gaudin, le maire de Marseille, a dénoncé vendredi matin sur Europe 1 le dénigrement dont sa ville fait l’objet, au lendemain du double meurtre perpétré dans la cité phocéenne et à La Ciotat, portant à quinze le nombre de victimes de règlements de comptes depuis le début de l’année dans la région. Et force est de constater qu’il est difficile de lui donner tort, car contrairement aux idées reçues, l’étude de la criminalité à Marseille ne démontre pas d’explosion de violence dans la ville.

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Les chiffres sont formels. "On peut dresser un tableau positif", souligne même le criminologue Christophe Soullez, "car de nombreuses infractions sont en baisse, notamment les vols violents, qui diminuent de 5%". "Les vols à mains armés sont également moins nombreux, 150 de moins sur les douze derniers mois, tout comme les cambriolages connaissent une baisse de l’ordre de 5%, contrairement à la tendance nationale qui révèle une hausse de 10%", poursuit ce spécialiste. "Les violences dans les rues ou intra-familiales semblent également en baisse, au regard des plaintes enregistrées dans les commissariats", ajoute Christophe Soullez.

05.09 Des policiers à Marseille, sur le lieu où Adrien Anigo, le fils du directeur sportif de l'OM, a été tué, le 5 septembre 2013. 930620

© Max PPP

Une image faussée. L’actualité très forte des règlements de comptes entre malfaiteurs à Marseille génère une image trompeuse de la situation. Car, en réalité, ces règlements de comptes sont loin d’atteindre un taux exceptionnel. Pour mémoire, un record de 45 homicides avait été établi en 1985 et 1986, au moment où le milieu marseillais se déchirait. Et, à la même époque l’an dernier, dix-neuf meurtres avaient déjà été recensés sur les neuf premiers mois de l’année, contre quinze cette année.

Pourquoi ce trompe-l’œil de la criminalité marseillaise ? Plusieurs facteurs sont en cause. Tout d’abord, la présence médiatique est beaucoup plus importante à Marseille qu’à Grenoble ou en banlieue parisienne par exemple. Ainsi, les règlements de comptes sont rapidement et massivement médiatisés, d’autant qu’ils sont généralement perpétrés en pleine journée, en présence de témoins.

Un autre raison tient à la configuration même de la ville. En effet, à l’inverse de Paris qui est séparée de sa banlieue par le périphérique, les cités sont construites à l’intérieur de la ville à Marseille. Au total, on ne dénombre pas moins de 200 cités dans l’enceinte même de la ville, qui est trois fois plus étendue que Lyon et 2,5 fois plus que Paris.

Enfin, la singularité de Marseille est la forte proportion de règlements de compte dans les homicides qui y sont recensés. Avec la Corse, la cité phocéenne rassemble les deux tiers des 60 règlements de comptes enregistrés en moyenne enregistrés chaque année en France, sur un total global de 600 homicides commis sur le territoire national.

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