Le streaming illégal difficile à pister

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Le streaming illégal difficile à pister
Nicolas Sarkozy souhaite s'attaquer aux sites de streaming illégaux. Est-il possible d'interdire ce type de plate-formes ? Europe1.fr fait le point.@ MAXPPP
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DECRYPTAGE - Sarkozy veut s’attaquer aux sites qui diffusent des films à voir en ligne. Y arrivera-t-il ?

Après le Peer-to-peer, le streaming est dans le collimateur du chef de l’Etat. Nicolas Sarkozy a annoncé vendredi que la législation contre le piratage sur Internet pourrait être étendue aux sites de streaming illégal. Ce qui laisse entendre l’arrivée d’une loi Hadopi 3. Europe1.fr fait le point sur le streaming illégal. Qu’est-ce c’est exactement ? Peut-il véritablement être interdit ? Comment s’y attaquer ?

Qu’est-ce qu’un site de streaming ? Il s’agit d’une plate-forme de flux sur laquelle est mise à disposition des contenus. La musique ou encore les vidéos disponibles sur ces sites n’ont pas besoin d’être téléchargées à la différence du fonctionnement d’un réseau de téléchargement peer-to-peer (un réseau d’échanges de fichiers via un serveur) ou de direct download (un serveur sur lequel il est possible de télécharger un fichier). Le principe repose sur une lecture en continu, via un serveur.

Pourquoi le streaming est illégal ? Tous les sites de streaming ne sont pas illégaux. Ce qui est illégal est de partager des contenus non libres de droits et de ne pas reverser de droits d’auteur. Certaines plate-formes font payer des droits, alors que d’autres permettent aux internautes de visionner gratuitement tel ou tel film, telle ou telle série ou encore d’écouter telle ou telle musique.

"J'aime une musique, je veux la partager : la démarche n'est pas en soi négative. Mais sur les sites de streaming, l'idéologie du partage, c'est l'idéologie de l'argent : je vole d'un côté et je vends de l'autre. Personne ne peut soutenir cela", avait notamment expliqué Nicolas Sarkozy pour justifier son envie de s’attaquer à ces sites.

Les internautes adeptes du streaming visés ? Les utilisateurs de sites de streaming illégal ne peuvent pas être poursuivis pour avoir visionné du contenu. Et ce, selon les termes de la Cour de justice de l’Union européenne : "le spectateur d’une œuvre, diffusée en streaming, sans l'autorisation des ayants droit, ne se rend pas coupable de contrefaçon, même lorsque l'oeuvre est reproduite temporairement et partiellement dans une mémoire d’ordinateur et sur l'écran du spectateur".

De plus, il n’est pas possible aujourd’hui de connaître l’identité de quelqu’un qui se connecte à un site de streaming. La raison ? Les internautes ne laissent aucune trace lorsqu’ils se rendent sur l’une de ces plate-formes. Contrairement aux sites de téléchargement en peer-to-peer, il n’est pas possible de relever les adresses IP, identifiant les internautes.

Est-ce possible d’empêcher le streaming illégal ? Les autorités françaises envisagent une première solution pour le limiter : bloquer l’accès aux sites de streaming illégal. Ça se ferait via les Fournisseurs d’accès à Internet qui seraient chargés de bloquer l’accès à une liste de sites décrétés par le gouvernement.

Ce que déplorent les spécialistes d’Internet comme Jérémie Zimmermann, l’un des fondateurs du site défenseur des droits et des libertés des citoyens sur Internet La quadrature du net. "Bloquer l’accès, c’est ni plus ni moins que la censure. L’oeuvre existe mais on va empêcher aux gens d’y accéder", a-t-il assuré à Europe1.fr. "Ce n’est ni plus ni moins les technologies de censure déployées à des fins politiques dans des pays comme l’Iran, le Pakistan ou la Chine", a-t-il résumé. Et d’estimer que "penser que bloquer l’accès du site va régler le problème c’est d’une hypocrisie".

Dans un second temps, l’Etat pourrait décréter d’utiliser le "deep packet inspection" (DPI) qui permet d’analyser les données et tous les contenus qui transitent et sont échangés sur le Net. Ce qui poserait des problèmes de propriété privée. "Une étape ultime" que désapprouve aussi Jérémie Zimmerman.

Ce spécialiste d’Internet garantit qu’il existe une troisième solution, qu’il considère bien plus appropriée : "ce sont les lois existantes pour lutter contre la contrefaçon. C’est à appliquer à l’échelle internationale". Jérémie Zimmerman reconnaît que "ce n’est pas toujours évident. Même plutôt compliqué". Pour cela, "il faut renforcer les accords de coopération qui existent entre les services de police et de justice. Et la solution c’est d’attaquer les responsables du site".