Le Raid et la stratégie de l'usure
Sur place, devant l'appartement de Mohammed Merah, les équipes du Raid se relaient. © MAXPPP

L'unité d'élite de la police veut absolument arrêter Mohammed Merah vivant, quitte à faire durer le siège.

Difficile pour l'observateur extérieur de saisir la portée de l'intervention du Raid, actuellement en cours à Toulouse. Depuis environ 30 heures, Mohammed Merah, l'auteur présumé des sept meurtres de militaires et de juifs à Toulouse et Montauban, est retranché chez lui. Dans son petit appartement situé en rez-de-chaussée d'un immeuble du quartier de la Côte Pavée, le jeune homme résiste aux équipes du Raid qui se relaient.

Ce face-à-face est l'un des plus longs qu'aient connus l'unité d'élite après celui de la maternelle de Neuilly, en mai 1993. Les hommes du Raid avaient fini par donner l'assaut à l'école où un ancien militaire, Erick Schmitt, alias "Human Bomb", retenait en otages des enfants et une institutrice depuis 46 heures. Le preneur d'otages avait été tué et l'assaut n'avait fait aucune autre victime.

>> 

EN DIRECT

 - Retrouvez toutes les dernières infos sur le siège en cours à Toulouse en cliquant ici.

"S'il a des réserves, il peut tenir longtemps"

A Toulouse, les équipes du Raid ont plusieurs fois revu leur stratégie. "Nous espérons éviter l'assaut parce que nous souhaitons prendre M. Merah vivant afin qu'il puisse être jugé", disait mercredi soir sur TF1 le ministre de l'Intérieur, Claude Guéant, pour expliquer pourquoi les unités d'élite ne passaient pas à l'action alors que tout l'immeuble avait été évacué depuis longtemps.

Interrogé par Europe 1, Christophe Caupenne, ancien négociateur du Raid a expliqué que la durée de l'assaut pouvait être très, très long. "La seule limite, c'est l'état de vigilance de l'individu. S'il a des réserves, il peut tenir longtemps, même si, là maintenant, il est privé d'eau et de confort particulier", a-t-il confié.

"Augmenter la pression pour qu'il se rende"

A intervalles réguliers au cours de la nuit, dont la dernière fois vers 6h40, alors que le jour se levait, les policiers du Raid ont fait détoner de puissantes charges auprès de ses fenêtres dans l'intention évidente de l'empêcher de dormir et d'ébranler sa résilience. Au même moment, un faisceau lumineux balayait la façade du bâtiment où la police a fait couper l'eau, le gaz et l'électricité. "Il disait qu'il voulait se rendre, il a changé d'avis, on augmente la pression pour qu'il se rende", expliquait une source proche de l'enquête.

Avant cela, le Raid a mené mercredi "plusieurs tentatives d'entrer" dans l'appartement. Mais les policiers d'élite se sont heurtés à chaque fois à une "réplique" à l'arme à feu. Mercredi à 3h20, Mohammed Merah a tiré une première fois sur les hommes du Raid, en en blessant deux, le premier à un genou, le second "légèrement", ayant reçu une balle dans son gilet pare-balles, a ajouté le magistrat.

Est-il mort ?

Mais le long silence de Mohammed Merah laisse toutefois craindre aux autorités qu'il soit mort. "Nous espérons qu'il est encore vivant. C'est assez étrange qu'on ait rien vu du tout. Il n'y a eu aucun mouvement cette nuit. Comme vous le savez les volets de son appartement ont été explosés hier soir par le Raid afin que l'on puisse y voir... C'est assez étrange qu'il n'ait jamais réagi", a expliqué Claude Guéant.

Des propos et une situation que ne comprend pas Christian Prouteau, le fondateur du GIGN, l'unité d'élite de la gendarmerie et "concurrent" du Raid. "Je ne comprends pas ce qu'il se passe. (...) Je m'étonne qu'on n'ait pas mis sur place des gens avec des équipements et une expérience complémentaires de celle du Raid", a-t-il dit, surpris, sur Europe 1. "Ça pose question", assure l'expert. "Il y a suffisamment d'autres moyens techniques", explique-t-il ajoutant : "avec les moyens que possède l'unité du GIGN, on le saurait. Il suffit d'utiliser une camera thermique et on sait s'il y a quelqu'un de vivant ou pas à l'intérieur (d'un appartement, ndlr)".