Le physicien du Cern condamné
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Adlène Hicheur a écopé de 4 ans ferme pour avoir échangé des mails équivoques.

Le tribunal correctionnel de Paris a condamné vendredi Adlène Hicheur, à cinq ans de prison dont un an avec sursis. Ce physicien détaché au Cern de Genève, en Suisse, a été reconnu coupable d'avoir échangé des mails équivoques, dont certains évoquant de possibles attentats, avec un responsable présumé d'Al-Qaïda au Maghreb islamique.

Le docteur en physique des particules de 35 ans avait déjà accompli deux ans et demi de détention provisoire depuis son arrestation le 8 octobre 2009 à Vienne, dans l'Isère.

35 mails en cause

Le 8 octobre 2009, Adlène Hicheur avait été interpellé à Vienne chez ses parents, mis en examen et écroué pour "association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste". Le cœur de l'accusation repose sur 35 messages électroniques échangés entre le chercheur et un certain Mustapha Debchi, responsable supposé d'Aqmi.

La défense conteste vigoureusement l'identité de ce mystérieux interlocuteur, sur lequel se base l'essentiel des charges. "Je ne conteste pas le fait que je sois passé par une phase de turbulences, j'ai fait amende honorable, je ne peux rien dire de plus", s'était défendu Adlène Hicheur lors de son procès, les 29 et 30 mars, mettant ces mails "tangents" sur le compte de son "état de santé physique et psychologique" de l'époque, où il était en arrêt-maladie pour une hernie discale.

Un "conseiller technique en attentats" ?

En mars 2009, Adlène Hicheur avait écrit à Debchi être prêt à proposer des objectifs "en Europe et notamment en France". Dix jours plus tard, il avait été plus loin et avait évoqué "un pur objectif militaire", la base aérienne de Cran-Gévrier, qui forme des soldats pour partir en Afghanistan.

"C’est un scandale. Adlène n’est jamais allé dans des pays exotiques. Il n’a jamais cherché à acheter des armes. Il n’a aucun contact douteux. Il a tchaté sur Internet et il est condamné aujourd’hui. Au cours du procès, personne, pas même le procureur, n’a évoqué l’existence d’une bombe ou un quelconque projet pour récupérer une bombe, rien de tout ça, il n’y avait que des mails", s'est insurgé le frère d'Adlène Hicheur à la sortie de l'audience, au micro d'Europe 1.

En pleine affaire Merah au moment du procès, le ministère public avait de son côté refusé tout amalgame, tout en engageant le tribunal à "se départir de ses préjugés : qu'un homme brillant ne saurait tomber dans les bras du terrorisme", qualifiant le prévenu de "conseille technique en attentats" plutôt que "martyr de la lutte antiterroriste". Six ans de prison ferme avaient été requis.