Le nénufar a fait pschitt !

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Le nénufar a fait pschitt !
La réforme de l'orthographe a fait l'objet d'une recommandation dans le JO du 6 décembre 1990@ MAXPPP
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Recommandée en 1990, la réforme de l'orthographe peine à entrer à l'école et dans les usages.

Nénufar, ognon, abime... Si vos poils se hérissent en voyant l'orthographe de ces mots, ne maudissez pas le rédacteur de cet article ! Il ne s'agit pas de fautes mais bel et bien de la rectification de l'orthographe de 1990, entrée sur la pointe des pieds dans les dictionnaires mais totalement tombée aux oubliettes dans les écoles et pour la plupart des Français.

Et pour cause. Le français moderne a bien fait l'objet d'une simple recommandation officielle dans le JO du 6 décembre 1990. Résultat, aujourd'hui ce qui avait pour objectif de corriger les scories et bizarreries de l'orthographe, est enseigné et suivi partout dans les pays francophones, excepté en France.

Le Conseil supérieur, créé en 1989 par le Premier ministre Michel Rocard, a ainsi coupé les ailes à "imbécillité" qui peut s'écrire "imbécilité", comme "imbécile", permis de "s'assoir" et de "sursoir" au désormais "millepatte" ou "croquemort", ôté son accent circonflexe à "abime" et admis, ce qui semble logique, de mettre au pluriel un "sèche-cheveux" ou un "tire-fesses". L'éléphant conserve son "ph", perdu en revanche par le nénufar dans l'orthographe rectifiée.

"La pensée n'est plus articulée"

Pour le linguiste Alain Rey, cette réforme est passée à côté du sujet. L'essentiel des fautes d'orthographe "ne sont pas des erreurs lexicales mais des fautes grammaticales. Cela est bien plus grave. C'est la pensée qui n'est plus articulée quand on confond participe passé et infinitif par exemple".

"On sait aussi que les manuels scolaires n'en tiennent pas compte, ni la majorité des enseignants", poursuit-il.

"Nous avons gardé dans le Petit Robert à peu près 85% des rectifications proposées par le Conseil supérieur de la langue française il y a 21 ans et nous mettons pour chaque mot concerné l'orthographe traditionnelle puis l'orthographe réformée, sans la recommander", conclut-il.

"On informe le lecteur, il décide"

Le concurrent, le Petit Larousse 2012, va quant à lui un peu plus loin. Alors que la nouvelle orthographe figurait en annexe jusqu'en 2008, elle figure désormais à une place de choix.

"Nous avons pour la première fois fait figurer la nouvelle orthographe en début d'article avec un statut clair et identifié par un symbole, juste après l'orthographe traditionnelle", note Jacques Florent, responsable des dictionnaires de langue française chez Larousse. "On informe le lecteur, il décide", tranche-t-il.

"Quelques nouveautés ont supplanté l'ancienne orthographe, comme +évènement+, au lieu de +événement+, mais +l'ognon+ ne passe pas", s'amuse cependant Jacques Florent.

"Les mots portent leur histoire, on finit par s'attacher à l'orthographe. Cela se fera sur plusieurs générations. Ou alors il faudrait dire, à partir de telle date, tel mot s'écrit comme cela et pas autrement", explique ce responsable de Larousse.

De fait, depuis vingt ans, rien ne bouge ou presque. "La langue ne se modifie pas par décret", comme le remarque justement Jean-Mathieu Pasqualini, directeur de cabinet du chancelier et membre du service du dictionnaire de l'Académie de 1991 à 2008.