Le mono de ski victime de son âge

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Le mono de ski victime de son âge
Pierre Raisson est l'auteur du premier livre au monde sur le monoski@ Capture TV8 Mont-Blanc
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Pierre Raisson et quatre moniteurs de ski attaquent l'Ecole du ski français pour "discrimination à l'âge".

Ski, snowboard, monoski... A 61 ans, Pierre Raisson est toujours aussi passionné par son métier. Pourtant, ce moniteur de l’École de ski Française des Arcs 1800 ne pourra pas travailler entre Noël et février. La raison ? Comme tous ses confrères de plus de 60 ans, il est prié de laisser la place aux jeunes en période creuse en vertu d'une décision du syndicat national des moniteurs de ski français de 2007.

Appuyé par la Halde qui juge la mesure discriminatoire, et cinq autres moniteurs, Pierre Raisson a demandé mardi l'annulation de cette décision au tribunal de grande instance d'Alberville. Car cette pointure des sports de glisse, n'a pas l'intention de raccrocher ses skis. Bien au contraire.

La découverte d'une passion 

Pierre Raisson a découvert la neige à 20 ans. Le coup de foudre a été immédiat. Mais, ce Normand n'imagine alors pas en faire son métier. "Je ne pensais pas que c’était possible. Je ne savais même pas qu'une telle profession existait", se souvient le moniteur. "Tout ce que je savais, c'est que je me sentais mieux sur la neige que nulle part ailleurs", poursuit-il.

En 1980, il devient moniteur de ski. Très vite, il se spécialise dans l'enseignement du monoski. Pierre Raisson enseigne toutes les techniques y compris aux autres moniteurs. En 1985, cet amoureux de la glisse sort même le premier ouvrage mondial sur la discipline. Quatre ans plus tard, rebelote mais cette fois avec le snowboard.

Démonstration en images au début de la saison 2010 :

En 1991, Pierre Raisson devient directeur de l’école du ski français des Arcs 1800. "J'ai mis en place le système d'égalité de distribution du travail", précise Pierre Raisson. "Avant cela, les jeunes moniteurs n'avaient du travail que lorsque les anciens étaient servis. Tout moniteur avait droit à autant de travail grâce à un système de rotations", rappelle-t-il.

Un système mis à mal aujourd'hui par la décision du syndicat des National des Moniteurs du Ski Français. "Le SNMSF argumente qu'il faut aider les jeunes moniteurs à travailler alors que nous avions déjà mis changé le fonctionnement basé sur l'ancienneté", relève Pierre Raisson.

Une préretraite déguisée

Obliger les moniteurs de plus de 60 ans à débrayer entre Noël et février revient à les mettre "en préretraite d'office". Est-on moins performant avec l'âge ? La réponse est catégorique.

"Dans l'enseignement, la valeur atteint le nombre des années", rappelle-t-il simplement. "Les moniteurs expérimentés sont très demandés. J'ai des clients qui m'ont dit si on considère qu'à 61 ans un moniteur est mauvais ou dangereux, qu'est ce qu'on doit dire de nous qui avons 66 ans ? C'est désespérant", soupire l'amateur de poudreuse. "C'est d'autant plus ubuesque qu'en période de forte affluence, on retrouve une belle image".

Outre la dimension philosophique de ce combat, Pierre Raisson se bat aussi pour dénoncer la "situation financière dramatique" des moniteurs mis à l'index. La baisse d'activité ampute de 30% en moyenne leurs revenus.

"Pour compenser le manque à gagner, on nous incite à donner des cours en dehors de l'ESF or c'est impossible puisque c'est justement la période où il y a le moins de travail", rappelle Pierre Raisson en évoquant sa situation personnelle. "Aujourd'hui, je paye le fait d'avoir un certain âge. Mais, la véritable question, c'est est-ce que la loi d'une association peut-être supérieure à la loi française ?", conclut-il en référence à l'âge légal de la retraite. Réponse le 21 février 2012.