Le dur combat anti-orpaillage en Guyane

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Le dur combat anti-orpaillage en Guyane
La mission Harpie mobilise 2.000 soldats et un millier de gendarmes pour traquer les orpailleurs illégaux en Guyane.@ ECPAD
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Les forces qui combattent les clandestins se heurtent à des difficultés majeures.

Ils sont appelés les "garimpeiros". Les orpailleurs clandestins, originaires du Brésil et du Surinam, dérobent chaque année en Guyane un butin estimé entre cinq et dix tonnes d’or. Sur plusieurs centaines de sites illégaux, les "garimpeiros" seraient plus de 5.000 à vouloir profiter, de manière illégale, des ressources aurifères du département d'outre-mer. Au prix d’un déboisement massif de la forêt amazonienne et d’une intense pollution du sol guyanais.

Pour tenter d'endiguer ce phénomène, la France a mis en place en 2008 la mission Harpie qui mobilise 2.000 soldats et un millier de gendarmes. Mais leur tâche, consistant à surveiller les fleuves et détruire les sites d'orpaillages clandestins, se révèle très délicate. La mort de deux soldats mercredi lors d’une opération de sécurisation en est la tragique illustration.

Un territoire immense à surveiller

Car, la Guyane, d’une superficie de 83.000 km2, est presque aussi vaste que le Portugal et présente plus de 800 kilomètres de frontières avec le Brésil. Les hommes de la mission Harpie, basés à Maripasoula, dans le sud-ouest de la Guyane, doivent notamment surveiller plus de 1.300 kilomètres de cours d'eau.

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© MAX PPP

Ils ont également la charge de sécuriser la vingtaine d'exploitations d'orpaillage légales recensées dans le département. Celle-ci produisent officiellement chaque année deux tonnes d'or, comme l'indique le site Novethic.

Des zones difficiles d’accès

La forêt amazonienne représente 95% de la Guyane. Epaisse et dense, elle constitue un terrain d’opération très difficile. Le sol boueux, la végétation dense et le taux d’humidité à 90% ajoutent à la complexité de la tâche. De plus, dans la forêt, le téléphone satellite ne passe pas, obligeant les militaires à communiquer en utilisant le morse.

"La Guyane est un casse-tête logistique" reconnaissait en 2009 le lieutenant-colonel Germain, chef des opérations des forces armées en Guyane, dans un reportage télévisé. "Tout est toujours très compliqué. Mais, c'est là où il est difficile d'aller que nous sommes réellement utiles", ajoutait-il.

Les soldats assurent la surveillance principalement par hélicoptère. Et, pour intervenir sur les sites, ils descendent au sol à l’aide de cordes. C’est lors d’une opération de ce type que les soldats ont essuyé une première rafale de tirs mercredi.

Des bandes organisées et très armées

Pour contrer la surveillance des soldats français, les orpailleurs clandestins se cachent de mieux en mieux. Ils s’abritent sous des bâches et creusent des puits pour tenter de trouver de l’or sous la terre. Et pour protéger leur territoire, ils n’hésitent pas à s’armer lourdement.

"Au-delà des chercheurs d’or clandestins, il y a toute une criminalité organisée qui travaille autour d’eux, qui procède à des rackets et qui organise des véritables réseaux de trafics ", explique le  général David Galtier, directeur des opérations de la gendarmerie, au micro d’Europe1.

Une escalade de la violence

"Les Brésiliens sont souvent les auteurs de racket avec cette criminalité organisée", précise le général David Galtier.  Par voie de piste, le Brésil est en effet accessible en "quatre ou cinq heures". Ces pistes constituent "des couloirs d'exfiltration pour les malfaiteurs", souligne le militaire.

Illustration de cette criminalité, un règlement de comptes entre chercheurs d'or brésiliens avait fait neuf morts en janvier dernier, dans la région de Dorlin, celle-là même où les militaires français ont péri mercredi. Présent en Guyane lors de ce violent affrontement pour le contrôle d'un territoire, Nicolas Sarkozy avait alors annoncé un renforcement du dispositif de sécurité en Guyane.

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© Reuters

En 2010, cette escalade de la violence avait déjà coûté la vie d'un soldat français lors d'un incident entre une patrouille de l'armée et des orpailleurs clandestins.

Des succès relatifs

Reste que, malgré ces difficultés, près de 600 opérations menées en 2010 ont permis l'interpellation de 1.500 étrangers en situation irrégulière et la saisie de 11 kilos d’or. De leur côté, les exploitants d'or légaux, au nombre d'une vingtaine en Guyane, produisent, eux, environ deux tonnes d'or par an.

Mais le renchérissement constant du prix de l'or, actuellement à 50 euros le gramme contre 40 euros fin 2011, continue à attirer les "garimpeiros" en Guyane. Au péril de leur vie.