Le cinéma fume-t-il trop ?

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Le cinéma fume-t-il trop ?
@ REUTERS
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Un rapport dénonce la "valorisation" et la banalisation du tabagisme dans le cinéma français.

Le cinéma français ferait-il la promotion du tabac ? C'est ce que dénonce une enquête de la Ligue contre le cancer publiée jeudi. A l'occasion de la Journée mondiale sans tabac, celle-ci n'hésite pas à parler d'une "valorisation" du tabagisme dans le cinéma français.

Pour réaliser son étude, avec l'institut Ipsos, les membres de l'association ont visionné quelque 180 films français depuis 2005. Et le constat est sans appel : "environ 80% des films présentent des situations avec une représentation du tabac. Les mises en scène regroupent tant le tabagisme que les objets tels les briquets, cendriers et paquets de cigarettes", note la Ligue.

2,4 minutes par film

Et l'enquête révèle que la présence du tabac à l'écran tourne autour de 2,4 minutes en moyenne par film. Ce qui équivaut à "cinq publicités que les industriels auraient dû payer en moyenne 600.000 euros à la télévision".

"La présence et la valorisation du tabagisme dans le cinéma" permettent aux industriels de "séduire" les victimes de demain, "plus particulièrement les femmes et les plus jeunes", d'où cette étude "pour dénoncer" leurs "techniques marketing honteuses", s'indigne Jacqueline Godet, présidente de l'association.

Des publicités cachées ?

La Ligue va plus loin et reproche au cinéma de "stigmatiser de moins en moins le fumeur".  Pour elle, 72,9% des fumeurs étaient des "personnages respectables" en 2005 contre 90,7% en 2010. Un phénomène qui, selon elle, "accentue la banalisation du tabagisme en France".

La Ligue épingle des films "particulièrement publicitaires" comme Incontrôlable (2006) de Raffy Shart, qui permet à la marque Philip d'apparaître neuf fois et Gainsbourg, une vie héroïque (2010) réalisé de Johann Sfar où c'est la marque Gitane qui est la plus présente. Le film bat tous les records depuis 2005 avec, au total, 43 minutes de tabagisme. Quant au film Cliente (2008) de Josiane Balasko, la Ligue "constate la présence de la marque Marlboro Light dans tout le film ainsi que dans le générique".

"Outrée", elle "a engagé une action en justice contre les producteurs et distributeurs du film. Il s'agit de "la première action en justice française engagée", et "toujours en cours", précise-t-on  à la Ligue."Le cinéma français ne respecte pas la loi d'interdiction de fumer", poursuit la Ligue : 21,3% de séquences où les personnes fument se passent dans un lieu public comme un café, restaurant, discothèque et 20,8%  au bureau ou au travail.

Que dit la loi ?

La loi Evin est pourtant claire : "toute propagande ou publicité, directe ou indirecte, en faveur du tabac ou des produits du tabac ainsi que toute distribution gratuite sont interdites". Et depuis l'interdiction de fumer dans les lieux publics en 2008, la représentation du tabac semblait être bannie du PAF.

La Ligue appelle le monde du cinéma et du spectacle à promouvoir des œuvres sans tabac. Elle revendique néanmoins l'interdiction au moins de 18 ans les films comportant des images de marque de produits du tabac et demande au ministère de la Culture de refuser tout financement public aux films faisant la promotion du tabac.

D'Audrey Hepburn dans Diamants sur canapé, à Clint Eastwood dans Quelques dollars de plus, en passant par James Dean dans la fureur de vivre, le cinéma a certes toujours filmé les volutes de ses héros. En revanche, chez Disney, la cigarette était plutôt associée aux méchants.  Mais cette mode du tabagisme avait pourtant tendance à baisser depuis 1982, comme le constatait un rapport de l'Inpes, publié en 2003. Année où les pays membres de l'OMS avaient signé la convention anti tabac. Même Lucky Luke avait été contraint de troquer son clope contre une brindille en 1983.

Reste que pour Adrien Gombeaud, auteur de l'étude Tabac et cinéma – Histoire d'un mythe, "l'éradication  du tabac à l'écran semble vouée à l'échec, car comme la vitesse, l'arme à feu, la mort ou le sexe, il fait intrinsèquement partie du cinéma".