Lauvergeon règle ses comptes

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Lauvergeon règle ses comptes
Anne Lauvergeon, ancienne patronne d’Arevala situation de la filière nucléaire française et dénonce la politique menée dans ce domaine par Nicolas Sarkozy.@ Reuters
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L’ex-patronne d’Areva tance Nicolas Sarkozy et dénonce les choix stratégiques de la filière nucléaire.

"Atomic Anne" tire à boulets rouges.  Anne Lauvergeon, ancienne patronne d’Areva, déplore dans une interview accordée à  L’Express la situation de la filière nucléaire française et dénonce la politique menée dans ce domaine par Nicolas Sarkozy.

"La promotion d’un nucléaire bas de gamme"

 Pour Anne Lauvergeon, que Nicolas Sarkozy a décidé en juin 2011 de ne pas reconduire à la tête d'Areva, le chef de l’Etat a "laissé s'organiser un système de clan, de bandes et de prébendes" dans la filière nucléaire française. "Ce système a fait la promotion d'un nucléaire bas de gamme à l'international et proposé de transférer nos droits de propriété intellectuelle mondiaux aux Chinois et de vendre du nucléaire à des pays où ce n'est pas raisonnable", ajoute l’ancienne proche du président socialiste François Mitterrand.                               

L’ex-patronne d’Areva cite en particulier le cas de la Libye, à laquelle Nicolas Sarkozy avait proposé en juillet 2007 de vendre un réacteur nucléaire, notamment pour désaliniser de l'eau de mer, après la libération d'infirmières bulgares détenues par les autorités libyennes. Anne Lauvergeon dit s'être opposée "vigoureusement" à la vente de ce type d’équipements à la Libye.

Proglio épinglé

 Henri Proglio, l’actuel PDG d’EDF, est également la cible des attaques d’Anne Lauvergeon. "Henri Proglio est arrivé en se proclamant capitaine (de l'équipe de France nucléaire), en refusant systématiquement de passer le ballon et en taclant ses coéquipiers", dénonce-t-elle. "A peine nommé, il a critiqué publiquement la filière, qu'il connaissait fort peu, prônant le démantèlement d'Areva", dénonce l'ex-patronne du groupe nucléaire français.

Les relations Proglio-Sarkozy sont ainsi pointées du doigt. "Saura-t-on un jour pourquoi le patron d'EDF a eu ainsi table ouverte à l'Elysée durant tout ce quinquennat? Regardez encore, la semaine dernière, les résultats de l'appel d'offres de l'Etat pour 10 milliards d'euros dans l'éolien offshore", s'interroge-t-elle.    

En 2007, "Sarkozy recrutait pour un casting"     

 L'ex-dirigeante d'Areva, qui publie un livre un livre intitulé "La Femme qui résiste" raconte en outre que Nicolas Sarkozy lui avait proposé, avant qu'il prenne ses fonctions à l'Elysée, d'entrer dans son gouvernement au poste qu'elle voulait. Une offre qu'elle aurait déclinée. "Il ne composait pas un gouvernement, il recrutait pour un casting !" explique Anne Lauvergeon. Avant d’ajouter : "Je crois au volontarisme du temps long, pas au volontarisme de l'instant, prétexte à une agitation médiatique."                   

Anne Lauvergeon révèle enfin que Nicolas Sarkozy, aujourd'hui candidat à un second quinquennat, lui avait confié début 2007, "qu'il ne ferait qu'un mandat, puis qu'il irait gagner de l'argent chez Bouygues".  Des propos qui devraient faite grimacer dans l’entourage du président candidat en pleine dernière ligne droite de la campagne présidentielle.

Pécresse s'insurge

La porte-parole du gouvernement Valérie Pécresse a accusé mercredi l'ancienne patronne d'Areva Anne Lauvergeon de "régler des comptes" avec le pouvoir et de "faire campagne" contre Nicolas Sarkozy.
"Je crois que Madame Lauvergeon règle clairement des comptes avec le gouvernement et qu'elle fait campagne, aujourd'hui. Je le regrette", a déclaré la ministre du Budget.