La télé, vitale derrière les barreaux

  • A
  • A
La télé, vitale derrière les barreaux
@ MAXPPP
Partagez sur :

TEMOIGNAGES - Deux anciens détenus racontent le rôle de la télé au quotidien en prison.

Allumée près de quinze heures par jour en moyenne, la télévision joue un rôle capital dans le quotidien des détenus. L’association "Robin des lois" milite pour qu’ils n’aient plus à payer pour pouvoir la regarder. Une démarche soutenue par le député socialiste Jean-Jacques Urvoas, qui a annoncé, jeudi, qu’il allait déposer un amendement en ce sens.

Leur objectif est commun : mettre fin aux disparités dans les tarifs appliqués dans les différentes prisons et permettre à toutes les personnes incarcérées d’y avoir accès. Une bataille vitale pour certains détenus dont la vie carcérale s’organise autour du poste de télévision.

"La télévision permet de limiter le nombre de suicides", n’hésite pas à dire François Korber, ancien détenu et fondateur de l’association "Robin des lois" :

"La télévision est indispensable pour les détenus", confie Yannick Le Corre, membre de l’association nationale des visiteurs de prisons (ANVP) qui se rend régulièrement à la maison d’arrêt de Bois-d’Arcy dans les Yvelines. "Elle les empêche de penser à leur situation et peut être d’un grand secours lors des premiers jours passés en détention, qui sont les moments les plus difficiles", ajoute-t-il.

Pour François Korber, la télévision joue également un rôle canalisateur important. "Il faut bien avouer qu’elle contribue à un certain ordre carcéral. S’il n’y avait pas de télé en prison, il y aurait des émeutes", estime-t-il.

La gratuité fait disparaître les tensions

Mais en étant payante, la télévision est aussi une source de conflit. Pour Oscar Ntsangoula, qui a passé sept ans en détention et qui milite aux côtés de François Korber pour l’instauration de la gratuité, ne plus faire payer permettrait de faire disparaître certaines tensions entre les détenus.

"Vous savez quand on est deux ou trois dans une cellule chacun a envie de regarder un programme différent", confie-t-il. Et c’est généralement celui qui a payé la location du poste cette semaine ou ce mois-là qui a le dernier mot.

"C’est la loi du plus fort qui se développe pouvant mener à des conflits violents avec des coups de couteau. Les bagarres démarrent très souvent à cause de la télévision", ajoute François Korber, "c’est pour cela que nous réclamons la gratuité afin que ce système du plus fort ne soit plus possible", souligne-t-il.

Pour Oscar Ntsangoula, la télévision "permet certes de tuer le temps", elle joue surtout "un rôle dans la réinsertion" :

Un rôle social précieux pour ne pas perdre le fil, "c’est LE lien avec l’extérieur. Elle permet aux détenus de ne pas être totalement en dehors du monde", conclut François Korber.