La SNCF rattrapée par son passé

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La SNCF rattrapée par son passé
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Elle doit s’expliquer sur la déportation des Juifs pour décrocher le contrat des TGV californiens.

L’élu démocrate Bob Blumenfield a présenté lundi devant le parlement de Californie un projet de loi proposant d'imposer à tout candidat à un gros contrat dans la future ligne à grande vitesse entre Los Angeles et San Francisco d'expliquer son rôle éventuel dans le transport des prisonniers vers les camps de travail, de concentration ou d'extermination entre 1942 et 1944. Si la SNCF n’est jamais cité nommément, c’est bien elle qui est directement visée.

"Depuis des années, (la SNCF) refuse d'assumer sa responsabilité pour son rôle dans l'Holocauste", a assuré Bob Blumenfield. "Maintenant, cette compagnie vient en Californie et veut une part du plus gros contrat de toute l'histoire de notre Etat. Je pense que si une compagnie veut recevoir notre argent, celui de l'impôt des Californiens, alors elle doit assumer ses responsabilités pour ses actions passées".

La SNCF sereine

De con côté, la compagnie française affiche sa sérénité. "La SNCF est tout à fait favorable à cette transparence, puisqu'elle existe déjà depuis plusieurs décennies en France. La SNCF a beaucoup agi sur ces questions-là en France et en Europe", a affirmé Denis Douté, président de SNCF America.

Le rôle de la SNCF et de l'Etat français dans la déportation des Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale a déjà donné lieu à plusieurs procédures en France. Elle avait été condamnée pour la première fois en 2006, avant que la décision ne soit cassée en appel. La SNCF a toujours affirmé avoir agi sur réquisition des Allemands.

"Dire que la SNCF a organisé le transport des Juifs et tué des personnes est totalement faux. La SNCF a fourni des conducteurs. Et son rôle s'est limité à la conduite des trains jusqu'à la frontière de France, mais en aucun cas à conduire les trains jusqu'aux camps de concentration", a encore argumenté Denis Douté. "Il y a une commission, extrêmement active en France, en Israël et aux Etats-Unis, qui a traité environ 24.000 cas et procédé à des indemnisations chiffrées à plus de 550 millions de dollars. Mais ce n'est pas la SNCF. Tout ce qui est fait, c'est par l'Etat français, qui contrôlait la SNCF".

Un projet à 32 milliards d’euros

Mais Bob Blumenfield n'accepte pas cette distinction entre la SNCF et son actionnaire. "La plupart des compagnies, indépendamment de ce qu'ont fait leurs gouvernements ou leurs actionnaires, se sont excusées, ont pris des mesures, dédommagé les victimes, créé un fonds ou d'autres choses. La différence avec la SNCF, c'est qu'elle n'a rien fait de façon indépendante", a-t-il avancé.

La SNCF, dont les premières études sur le TGV californien remontent à 1984, espère bien décrocher le contrat d'exploitation de la future ligne. L'ensemble du projet est évalué à 43 milliards de dollars (32,5 milliards d’euros). Le financement, qui mêlera des crédits fédéraux, californiens, locaux et privés, atteint pour l'instant 4,5 milliards de dollars (3,4 milliards d’euros). L'appel d'offre pour l'exploitation pourrait être lancé l'an prochain.