La sécheresse, c’est bon pour…

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La sécheresse, c’est bon pour…
A la plage de Benodet, dans le Finistère, les températures ont dépassé les 23° le 11 avril dernier.@ Maxppp
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Hôteliers, cafetiers et bouchers font le plein depuis le début de la hausse des températures.

Alors que le moral des paysans est en berne, le soleil et la chaleur font le bonheur des offices de tourisme, mais aussi des vendeurs de viandes de barbecue. Et les vignerons espèrent même offrir des bouteilles exceptionnelles. Europe1.fr fait le point sur ceux qui peuvent remercier la météo.

Les réservations à la mer vont bon train

La Côte d’Azur se remplit déjà pour l'été. Parmi les premiers à profiter du beau temps : les acteurs du tourisme. En avril, mois durant lequel les températures flirtaient avec les records, à plus de 4 degrés au-dessus des normales saisonnières, ils ont été servis. C’est le cas notamment de la Côte d’Azur.

Le Comité régional du tourisme a ainsi enregistré une arrivée massive d’étrangers, jamais observée : +59% par rapport à 2010 et +23% par rapport à 2009. A Marseille, trouver une chambre en centre-ville pour le prochain week-end n’est pas une mince affaire. Car la fréquentation de la Cité phocéenne a augmenté de 20% en avril.

"C’est plutôt bon signe pour l’été", assure le Comité régional du tourismeà Europe1.fr. La météo y est bien sûr pour beaucoup, mais pas seulement. "La France n’est pas touchée par les problèmes d’insécurité ou économiques qui perturbent les réservations en Espagne, au Maroc ou encore en Grèce", note le comité.

L’Aquitaine n’est pas boudée. La Côte d'Azur n’est pas la seule à bénéficier du beau temps. Depuis le mois d’avril, le Comité régional du tourisme d'Aquitaine a observé un début de saison "exceptionnel", selon sa directrice interrogée par Europe1.fr, Brigitte Bloch. Elle a assuré que les fortes chaleurs ont "favorisé les départs immédiats" et permettent d’être "optimiste pour les mois à venir".

Déjà au mois d’avril, les taux de réservations pour l’été étaient "bons", assure Brigitte Bloch. "A priori, nous aurons une bonne saison estivale", se réjouit-elle tout en précisant qu’il n’y a pas encore "de situation de pénurie" de chambres d’hôtel.

Un festival de grillades

Les bouchers travaillent à plein régime. "Le soleil, c’est du pain béni pour nous", se réjouit auprès d’Europe1.fr le patron de la chaîne francilienne de boucheries Novoviande. René Gillet a constaté depuis le mois d’avril que les ventes ont fortement progressé en raison de la météo favorable notamment aux barbecues en plein air. "Les clients qui ne sont pas venus cet hiver reviennent avec les beaux jours", note-t-il. Et son chiffre d’affaires s’en ressent : "il est dans une bonne dynamique".

Le boucher ne craint pas la pénurie. Car il utilise les prévisions de Météo France à quatre jours. Objectif : "anticiper toutes les demandes, pour prévenir les besoins des consommateurs et n’avoir jamais de rupture", indique René Gillet. Si la saison a démarré sur les chapeaux de roue pour Novoviande, cela devrait continuer tant qu’il fait beau. Par contre, note le patron des boucheries, "il ne faut pas de canicule : les clients ne mangent pas ou préfèrent des crudités".

Un bon cru en perspective ?

Le soleil réussit aux vignes. Les viticulteurs sont les seuls agriculteurs à ne pas être inquiets pour leur exploitation. La raison ? "La vigne est une plante qui résiste bien à la chaleur", indique à Europe1.fr Philippe Foreau, qui produit du Vouvray au Domaine du Clos Naudin. Et reconnaît-il, "en ce moment la vigne est magnifique et elle a besoin de moins de traitements".

Mais la situation est "inhabituelle", affirme à Europe1.fr Jérome Despey, vice-président de la FNSEA. "La floraison est en avance de quinze jours à quatre semaines par rapport à une année normale", explique-t-il. Ce qui va entraîner une précocité des vendanges. C’est la première fois, depuis 1942, que le phénomène est si important. "L’année 2011 est plus sèche que 1976" dernière grande année de sécheresse et de grands vins, précise Philippe Foreau.

Reste qu'"il est beaucoup trop tôt pour dire qu’il n’y aura pas de difficultés et que la sécheresse sera quelque chose de profitable. Il faut être prudent et observer comment évalue la situation", note Jérome Despey. Car "s’il n’y a pas de pluie durant l’été, il pourrait y avoir une incidence au niveau de la taille du grain de raisin, un risque de ce que l’on appelle le ‘stress hydrique’", commente Philippe Foreau. Pour lui, s’il ne pleut pas, ce sera "un cas d’école" car il n’a jamais vécu de telle situation. Et il n'hésite pas à prévoir, dans ce cas-là, "des drames".

Pour autant, cette sécheresse pourrait offrir de grands millésimes, annoncent certains spécialistes. Mais il faut pour cela, selon Jérome Despey, qu’il y ait "une variation de températures entre le jour et la nuit pour une maturité optimale".