La révolte des magistrats gronde

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La révolte des magistrats gronde
@ EUROPE 1 FRANCOIS COULON
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Des reports d'audiences sont prévus dès lundi. Les syndicats appellent à la mobilisation jeudi.

La révolte prend de l'ampleur chez les magistrats. Ils n’ont pas apprécié que Nicolas Sarkozy réclame jeudi des sanctions après l’affaire du meurtre de Laëtitia, à Pornic. Le mouvement est parti jeudi de Nantes, où les magistrats ont décidé d’observer une grève des audiences en signe de protestation, les urgences sont toutefois assurées. Vendredi, l'Union syndicale des magistrats (USM) a appelé tous les tribunaux de France à suspendre leurs audiences jusqu'à jeudi prochain. Le Syndicat de la magistrature (SM) appelle, de son côté, à deux jours de grève, jeudi et vendredi prochains

Des assemblées générales lundi

Des assemblées générales de magistrats sont prévues lundi dans de nombreuses juridictions (Marseille, Nice, Nancy, Metz, Coutances ou Caen) afin de voter des suspensions des audiences.. A Rennes, Quimper, Bayonne, Besançon et Basse-Terre (Guadeloupe), les magistrats avaient décidé dès vendredi dernier de renvoyer toutes les affaires non urgentes jusqu'à jeudi.

Les hauts magistrats de la conférence des premiers présidents de cour d'appel ont eux-mêmes exprimé leur "vive préoccupation devant la tentation de reporter sur les magistrats et fonctionnaires (...) la responsabilité des difficultés de fonctionnement" des tribunaux.

"Je n'ai jamais vu un état de mobilisation pareil. C'est inédit", résume Matthieu Bonduelle, secrétaire général du Syndicat de la Magistrature.

"Ils refusent d'être les boucs émissaires"

Ce mouvement de colère est profond. Les syndicats de magistrats refusent qu’on fasse porter à leurs troupes la responsabilité de la mort de Laëtitia. Car pour eux, tout part du manque de moyens. "Il essaye de chercher des boucs émissaires, alors que pour nous, la faute est clairement attribuée au président de la République qui depuis quelques temps essaye de supprimer un fonctionnaire sur deux partant à la retraite", estime ainsi Charlotte Cloarec, qui représente les conseillers de la pénitentiaire, qui suivent ceux qui sortent de prison. "Et désormais, il dit qu’il y a des problèmes de prise en charge des délinquants sexuels et des délinquants en général, sous prétexte de chercher des responsables quelque part".

Jacky Coulon, juge d’instruction au tribunal de grande instance de Nantes, évoque un "sentiment d’injustice profond" après les déclarations du chef de l’Etat. "La sonnette d'alarme avait été tirée à de nombreuses reprises, depuis plus d'un an les juges d'application des peines fonctionnaient à trois au lieu de quatre", ajoute t-il.

Les policiers se joindront-ils au mouvement ?

Et la grogne pourrait encore s'amplifier. "On est en train de travailler pour mettre en place des manifestations à la fin de la semaine prochaine qui pourront regrouper l’ensemble des personnels de justice et de police", confirme le syndicaliste à Europe 1. "Pour montrer à l’opinion publique que ce n’est pas une démarche pour protéger les nôtres, ce n’est pas du corporatisme, mais qu’il y a un vrai malaise. Et il faut que le président de la République en prenne conscience".

Pour l’heure, au niveau national, les syndicats de policiers restent en retrait. Ils préfèrent répéter que les premiers éléments de l’enquête de la police des polices montreraient que leurs collègues n’ont rien à se reprocher.