La rébellion des maraîchers

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La rébellion des maraîchers
Le 28 juillet dernier, au p&age d' Avignon sud, les agriculteurs arretent les camions chargés de fruits et legumes venant d' Italie ou d' Espagne et déchargent sur la chaussée leur contenu.@ Maxppp
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Exaspérés, les producteurs de légumes refusent de payer leurs charges.

Se plaignant d'une "concurrence déloyale" de leurs homologues espagnols et des conséquences de la crise E.Coli, les maraîchers français ne parviennent pas à vendre leurs produits à un prix rémunérateur. Pris à la gorge, les producteurs de légumes ont annoncé vendredi qu'ils refusaient désormais de payer leurs charges.

Un "cri de détresse"

"Lesproducteurs de légumes de toute la France ont décidé de se mettre en cessation de paiement des cotisations patronales de la MSA (Mutualité Sociale Sgricole), des échéances bancaires et autres charges", selon un communiqué du syndicat "Légumes de France", affilié à la FNSEA, (la fédération nationale des syndicats d'exploitants agricoles), principal syndicat agricole. Les maraîchers menacent aussi de ne plus rembourser leurs emprunts bancaires.

"Nous devons conserver le peu de liquidités qu’il nous reste afin de payer nos salariés et nos fournisseurs locaux", poursuit l'organisation, selon laquelle les exploitations perdent "de 20% à 40% de leur chiffre d’affaires depuis plusieurs semaines".

Le chiffre d'affaires des producteurs de légumes a chuté cette année de 30 à 40%, selon le vice-président de Légumes de France, Jean-Paul Douillard, qui a lancé un cri d'alarme sur Europe 1. "Pratiquement toutes les entreprises sont dans le rouge (...). Les producteurs ne veulent pas mourir sans rien dire, c'est le cri de détresse", a-t-il dit. Ce n'est pas la première fois qu'une telle consigne est lancée. La Mutualité Sociale Agricole dispose d'un fonds de solidarité qui permet d'accorder des échéanciers de paiements.

Les producteurs espagnols pointés du doigt

Les producteurs de fruits et légumes se plaignent notamment des conséquences de la récente crise de la bactérie E.Coli qui a entraîné un plongeon des prix du concombre, de la tomate et des salades. Mais ils dénoncent surtout la "concurrence déloyale" des produits d'importation "qui ne respectent pas les mêmes règles sanitaires, environnementales et sociales" et qui vendent à un prix inférieur sur le marché français.

Les producteurs ont d'ailleurs manifesté jeudi dans les Bouches-du-Rhône pour dénoncer l'arrivée de produits en provenance d'Espagne qui ne respectent pas les normes de calibrage ou d'hygiène. Ils s'en prennent également aux cargaisons qui passent la frontière sans destinataire et sans prix, à la recherche d'un acheteur, quitte à casser les prix et à entraîner le marché dans la chute.

Cette pratique, illégale, n'est pas le fait des seuls Espagnols. Des Français utilisent aussi ce procédé.

Une "crise bien réelle", admet Le Maire

Le ministre de l'Agriculture, Bruno Le Maire, a dit vouloir vendredi un "bilan rapide" des contrôles menés par la DGCCRF (Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes) dans le secteur des fruits et légumes afin de vérifier si des pratiques de "concurrence déloyale" sont bien établies.

Bruno Le Maire reconnaît par ailleurs que la "crise est bien réelle" pour les producteurs qui ne parviennent pas à couvrir leurs coûts de production. Le ministre s'entretiendra "prochainement" avec sa consœur espagnole, Rosa Aguilar, à une date non précisée, a indiqué vendredi le ministère.

En attendant, le ministre a appelé au "respect des règles européennes et nationales" dans le secteur des fruits et légumes. Une annonce qui ne devrait cependant pas suffire à calmer la colère des producteurs, qui en appellent à Bruno Le Maire pour que l'Etat prenne à sa charge les cotisations qu'ils ne peuvent plus payer.