La prison qui divise un village

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La prison qui divise un village
@ MAXPPP
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Une pétition a été lancée contre l’instauration d’une prison alternative à Saint-Julien, dans le Jura.

L'état des prisons françaises est l'un des pires d'Europe. C’est ce que souligne le rapport annuel du "contrôleur général des lieux de privation de liberté" rendu public mercredi matin. Face à ce constat, de nouveaux projets doivent voir le jour. Non sans difficultés, comme le montre l'exemple de Saint-Julien, dans le Jura.

C'est là que "la prison Botton"- du nom de l'homme d'affaires qui a été condamné pour abus de biens sociaux dans les années 1990 -  doit être créée prochainement. L’établissement doit faire figure de "première prison alternative". Le concept : des détenus volontaires, obligés de travailler pour favoriser leur réinsertion et lutter contre la récidive.

"Les gens n’osent plus en parler"

Sauf que dans ce village de 468 habitants, deux commerces sur la place du village, le projet est accueilli avec scepticisme. Une pétition a même été lancée par des opposants. A leur tête, Christine Baillet, qui craint que l’arrivée des détenus vienne bouleverser le calme du village. "Ça va être extrêmement dérangeant. Il y aura du bruit, de la circulation, des visiteurs qui vont venir. Ils vont faire quoi ici toute la journée ? Il n’y a rien à faire", commente-t-elle au micro d’Europe 1.

Selon Christine Baillet, l’annonce de ce projet a créé une ambiance délétère dans le village. "Il y a quand même de grandes inquiétudes. Le village est assez divisé. Les gens font carrément la gueule, ils ne se causent plus, n’osent plus en parler. Alors que je trouve ça intéressant de savoir pourquoi les gens sont pour", déclare-t-elle.

Des avantages économiques

Les personnes favorables au projet pointent de leur côté les avantages économiques. Une cinquantaine d'agents pénitentiaires vont en effet s’installer à Saint-Julien et l’installation de la prison serait à l’origine de la création d’une dizaine d’emplois. Le projet d'une boutique dans laquelle les détenus vendraient leur production a également été évoquée.

Une nouveauté qui a séduit Philippe Thomas, électricien, interrogé par Europe 1. "On a toujours des opposants systématiques à tout nouveau projet dans la région. Par contre, on a quand même une évolution de la mentalité par rapport au projet. C’est quand même important de tendre la main aux gens qui souhaitent s’en sortir", estime-t-il.

Pour le maire de Saint-Julien, Gérard Guyot, l’installation de la prison permettra de développer sa commune. Ce dernier ne cache pas son agacement face à l'attitude des opposants mais il s'efforce de faire de la pédagogie, notamment en rassurant sur le profil des détenus : uniquement des premières peines et de moins de 5 ans.