La Poste : "une anxiété permanente"

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La Poste : "une anxiété permanente"
Elodie, la compagne de Jérémy Buan et le syndicaliste CFDT Yohann Ménard@ MAXPPP
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Le cadre qui s’est suicidé mercredi évoque dans une lettre posthume la pression liée à son travail.

La compagne du cadre de la Poste qui s’est suicidé mercredi à Rennes a rendu publics, vendredi, des extraits de la lettre que ce dernier a laissé. Un document qui désigne clairement son travail comme étant une des causes de son geste. "Cette vie m’est devenue trop insupportable. Le travail que j’effectue chaque jour ne semble pas apprécié. Je suis remis en cause en permanence sur toutes mes actions", écrit Jérémy Buan.

Cadre supérieur de la Poste, le jeune homme de 28 ans, père d’une petite fille de cinq ans, s’est jeté mercredi du dernier étage de la Poste centrale de Rennes. Trois enquêtes ont été ouvertes par la police, l'inspection du travail et le comité d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) de La Poste de Rennes.

"Jérémy était quelqu’un de fort"

"Depuis que je suis passé cadre à la Poste, j’ai cherché en vain à réussir, me former, mais rien ne semble y faire et je n’ai pas de retour positif de ces actions volontaires de ma part. Cela a engendré un manque de confiance terrible au fond de moi, avec une anxiété permanente. Je ne préfère vraiment pas vivre dans un tel contexte opprimant", écrit-il encore dans sa lettre d’adieu.

Pour sa compagne Elodie, "on a voulu l’évincer, les gens au-dessus de lui avaient peur de lui, tout simplement". Elle confie à Europe 1 que "Jérémy était quelqu’un de fort, de joyeux, passionné. Il s’investissait, toujours motivé. Il ne s’est pas reconnu dans son quotidien de travail."

Son décès : un accident du travail ?

La jeune femme explique que son compagnon "ne pensait que par le travail, il ne dormait plus. Il souffrait d’aller au travail le lendemain sachant qu’on allait encore lui faire des reproches."

Et d’ajouter : "Il avait besoin de reconnaissance. Ils ont passé leur temps à le rabaisser et à lui montrer qu’il n’était rien alors que c’était tout l’inverse. C’était une personne qui aurait pu aider les autres."

Le responsable CFDT à la Poste Yohann Ménard fait lui aussi part à Europe 1 d’une dégradation du climat social au sein du groupe. "On a de plus en plus de personnes qui craquent et qui ne pleurent pas cinq minutes, qui pleurent pendant une heure. Des gens qu’on déracine, qui travaillent le vendredi à un endroit et le lundi on leur dit qu’ils ne travaillent plus à cet endroit-là. C’est dévastateur. Ça fait très très peur", affirme-t-il. Les syndicats CFDT et CGT demandent que le décès de Jérémy soit considéré comme un accident du travail.