La police des polices lance son site "anti-bavures"

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La police des polices lance son site "anti-bavures"
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Comprise dans le pack de la réforme des bœuf-carottes, cette plate-forme sera opérationnelle cette semaine.

L'INFO. "Rapprocher les policiers et la population". C'est l'un des objectifs majeurs de la grande réforme de la police des polices, un des grands chantiers du ministre de l'Intérieur Manuel Valls. Désormais, l'Inspection générale des services (IGS) d'une part, qui était compétente à Paris et sa proche banlieue, et l'Inspection générale de la police nationale (IGPN) d'autre part, pour la province et la grande banlieue parisienne, fusionnent. Une autre petite révolution s'opère au cœur de cette réforme : dès le début de cette semaine, il sera possible à tous citoyens de saisir la police des polices, par un signalement, et non une plainte, sur internet.   

>> Europe 1 a eu accès à cette plateforme en avant-première. Voici comment va se présenter ce dispositif "anti-bavures".  

 • Quel site pour quel signalement ? Il s'agit en fait d'un simple formulaire, sur le site de la police nationale, avec une liste de cases à remplir. La plus grande est un bloc de texte dédié à la description en détails de ce dont l'internaute a été témoin ou victime de la part d'un policier. En plus de la date, de l'heure et du lieu de l'incident, il est également possible de préciser si l’on possède des photos ou une vidéo en guise de preuve. Seule obligation faite à la victime supposée : laisser son nom et ses coordonnées, sans quoi le signalement ne sera pas traité.

>> La page dédiée sur le site de la police nationale :

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© Police nationale

• "Le devoir d'entendre le citoyen". L'anonymat "interdit", c'est  en effet le prix à payer pour que le système soit efficace, confie, au micro d'Europe 1, la patronne de l’IGPN, Marie-France Monéger. "Nous ne voulions pas que ce soit une boîte défouloir", assure-t-elle. "Nous prenons les choses très au sérieux mais il faut également que les signalements le soient. La police c'est quand même une intervention toutes les sept secondes, donc des millions d'interventions et des millions de possibilités de se faire critiquer. Mais je pense que nous sommes là dans un service public moderne, que le citoyen a le droit de dire ce qu'il a à dire. Et nous avons le devoir de l'entendre", juge-t-elle. Une vision que ne partage pas le syndicat Alliance Police National, comme le confie son secrétaire général, Jean-Claude Delage, au micro d'Europe 1 : "j'aurais préféré que l'on créé une plateforme pour que les citoyens puissent exprimer leur reconnaissance lorsque des policiers font bien leur travail sur le terrain, sauvent des personnes et participent à la sécurité".

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© MaxPPP

• 2.700 signalements en 2012. Jusqu’à présent, seuls les "bœuf-carottes" parisiens de l’IGS, étaient directement accessibles au public, contrairement à leurs collègues de l’IGPN. En région, un citoyen voulant signaler une éventuelle bavure devait jusqu'à présent écrire au procureur ou se rendre au commissariat avec le risque d’un accueil peu chaleureux. Dès mardi dans les bureaux de l'IGPN, des policiers recueilleront ces signalements. Les fonctionnaires contacteront ensuite l’internaute qui a rempli le formulaire avant de transmettre le dossier à la justice pour enquête, selon la gravité des faits. 2.700 signalements ont été enregistrés l'an dernier.

"Un gadget politique". Nicolas Comte, secrétaire général du syndicat SGP-Police, estime que ce site permettra d'instaurer davantage de transparence au sein de la police et de fait plus de confiance des citoyens envers les policiers. "Ça ne nous effraie pas car nous n'avons pas peur de la transparence. (...) Si cela permet d'améliorer la confiance de la population envers la police ça ne peut être qu'une bonne chose", a commenté le syndicaliste qui craint toutefois "une surcharge de travail", sur Europe 1.

Pour Jean-Claude Delage, secrétaire général du syndicat Alliance, ce site ne représentera pas seulement une surcharge de travail mais un outil de "stigmatisation". "C'est un outil qui va encore une fois permettre à certains de stigmatiser les policiers. Il y aura tout un tas d'illuminés qui voudront s’épancher, se servir de cette plate-forme comme un défouloir idéologique contre la police nationale. Je crois que c'est un gadget politique et technique qui n'a aucun intérêt", estime-t-il au micro d'Europe 1.