La grève des taxis très suivie

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La grève des taxis très suivie
Les taxis pourraient mutliplier les opérations escargot jeudi@ Reuters
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3' CHRONO - Les taxis organisaient jeudi des manifestations dans toute la France. Explications.

Grande journée de mobilisation pour les taxis. Les 55.000 taxis de France sont appelés par l'ensemble des syndicats de la profession à des rassemblements et des opérations escargots, notamment en région parisienne, à Marseille, Nantes, Dijon, Lyon, Bordeaux, Toulouse ou encore Montpellier. Les professionnels du secteur s'inquiètent de voir leur profession disparaître sous les coups de boutoir de la concurrence.

Deux réunions fin janvier. Jeudi, en fin d'après-midi, les représentants syndicaux des chauffeurs de taxi ont été reçus au ministère de l'intérieur, où ils ont obtenu l'organisation de deux réunions les 29 et 30 janvier, sur la question du transport des malades et de la concurrence des véhicules de tourisme avec chauffeur. Ces discussions "ont permis de garantir qu'aucune décision ne sera prise sans une concertation préalable avec les représentants de la profession", indique un communiqué du ministère des Affaires sociales et de la Santé, du ministère de l'Intérieur et du ministère de l'Artisanat.

Forte mobilisation. Les opérations se sont multipliées dans toute la France jeudi. En Île-de-France, les autoroutes menant vers la capitale ont dès le matin été paralysées par les chauffeurs. En milieu de matinée, le Centre national d'information routière décomptait un total de 101 kilomètres de bouchons autour de la capitale. Dans Paris, plusieurs milliers de chauffeurs s'étaient donné rendez-vous au pied de la tour Eiffel.

En Province, toutes les grandes villes étaient elles aussi concernée. Dijon, Lyon, Marseille, ont toutes connu des problèmes de circulation. Ils étaient également 400 à Bordeaux et 600 à Toulouse, selon les organisateurs. A Nantes, 880 taxis se sont donné rendez-vous dans l'hyper-centre de la ville, au pied de la préfecture, selon les forces de l'ordre. Mais aucune opération escargot n'était prévue par les organisateurs.

• La concurrence des motos-taxis et des chauffeurs. Depuis quelques années, la profession -très réglementée- de taxis fait face à de nouveaux modes de transports, concurrents directs, mais qui ne sont pas soumis aux mêmes règles. Conséquence, ces nouveaux entrants grignotent peu à peu les parts de marché des taxis traditionnels. C'est le cas notamment des motos taxis et des "VTC", les véhicules de tourisme avec chauffeur, en plein boom.

Une situation insupportable pour Steven, taxi en banlieue parisienne depuis 10 ans, interrogé par Europe 1 : "Pour être taxi, il faut une licence, qui nous coûte 240.000 euros ! Les VTC et les taxis-motos, eux, n'ont à acheter qu'une voiture pour se lancer", se lamente-t-il. "Aux aéroports, ils peuvent même se permettre de racoler les clients, alors que nous, nous sommes obligés d'attendre les clients dans les zones prévues".

"C'est une concurrence déloyale qui est presque autorisée", s'insurge de son côté Ahmed Sembel, vice-président de la Fédération nationale des taxis indépendants. "On exige une réforme de la loi qui encadre ces activités et un moratoire sur les sociétés qui ont déjà l'autorisation d'exercer", plus de 500, selon lui.

Le transport médical, l'alternative ? Dans ces conditions, les chauffeurs de taxi n'ont plus d'autres choix que de se porter sur le transport médical, c'est-à-dire l'acheminement des malades, payé ensuite par l'Assurance maladie. "On se rabat dessus parce qu'il y a du travail. Sinon, ce n'est pas à notre avantage : à chaque fois, il faut remplir des factures, les saisir sur un ordinateur, les télétransmettre avant de les envoyer par courrier… Sans compter que parfois, les factures se perdent et dans ce cas-là, la Sécu ne rembourse pas. Je le fais parce que je n'ai pas le choix, c'est la seule façon de travailler", raconte encore Steven.

Mais même ce système pourrait leur être retiré. La loi de financement de la Sécurité sociale prévoit en effet la mise en place d'appels d'offre, qui permettrait de fixer les tarifs des transports, au lieu de payer en fonction du compteur. Les chauffeurs de taxi craignent de ne pas être suffisamment organisés pour répondre aux appels d'offres, qui tomberaient dans les mains des grands groupes de transport. Or, dans les zones rurales, le transport médical peut représenter jusqu'à 90 % du chiffre d'affaires d'un taxi. Pour les syndicats, l'application de la mesure signifierait la mort du taxi de campagne.