La France mauvaise élève pour la consommation de drogues

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La France mauvaise élève pour la consommation de drogues
La France compte la plus forte proportion de jeunes consommateurs de Cannabis sur 36 pays ayant participé à l'étude.@ Max PPP
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EXCLU - Selon un rapport, la consommation a augmenté tout au long des années 2000.

C'est un sinistre constat que dresse le rapport 2013 de l'Observatoire français des drogues et toxicomanies (OFDT). Ce document, présenté mardi matin et qui se penche sur la consommation de drogues, mais aussi de tabac et d'alcool depuis dix ans, souligne que de plus en plus de Français ont recours à des produits psychoactifs, et que les politiques de prévention restent à améliorer.

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Le rapport de l'OFDT porte sur la décennie 2000-2010. Pendant les cinq premières années, les Français ont consommé moins de cigarettes, moins d'alcool, moins de drogues. Mais dès 2005, les courbes s'inversent. "La France a une politique qui ne permet pas de contrôler les addictions comme on pourrait le faire. L'Etat a un rôle de régulateur mal tenu depuis un certain nombre d'années. Les politiques de prévention ne marchent pas : ce n'est pas la priorité, et il n'y a pas de perception par la population de la gravité des dommages et des manipulations industrielles derrière", a jugé Michel Reynaud, spécialiste des addictions, sur Europe 1.

Les drogues "dures" en hausse. Premier constat de l'Observatoire, la consommation de drogues dures n'a cessé d'augmenter au cours de la décennie. C'est le cas notamment de l'héroïne, dont la part des consommateurs dans la population âgée de 15 à 35 ans est passée de 0,5 % à 0,9 % entre 2005 et 2010. La cocaïne suit elle aussi la même tendance : "La part des 18-64 ans en ayant consommé dans l’année a triplé au cours de la décennie, passant de 0,3 % à 0,9 %.", relève le rapport.

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© MAX PPP

Le tabac ne recule pas. Plus que les drogues dures, qui restent encore marginales, c'est surtout la consommation d'alcool, de tabac et de cannabis, beaucoup plus faciles d'accès, qui inquiète les auteurs du rapport. La hausse brutale de la fiscalité sur le tabac (+40% en 2003 par exemple) avait permis de faire baisser la consommation. Mais la recette a rapidement été abandonnée. Résultat : le nombre de fumeurs a augmenté entre 2005 et 2010, en dépit des mesures prises par les gouvernements successifs.

Selon le document, "la consommation de tabac se retrouve en 2010 à peu près au même niveau qu'en 2000", alors que dans le même temps, le prix du paquet de cigarette était multiplié par plus de deux. Depuis le début de l'année 2013, cependant, la tendance semble s'inverser : les buralistes constatent une baisse des ventes de tabac. Mais cela pourrait aussi s'expliquer par les visites de plus en plus fréquentes dans des pays limitrophes (Belgique, Espagne, etc.) où le tabac coûte moins cher.

Pour Michel Reynaud, l'augmentation de la fiscalité sur le tabac doit être "accompagnée de la gratuité de la prise en charge de ceux qui veulent se soigner, qu'ils puissent le faire très facilement". " L'augmentation régulière de 3% ne fait qu'enrichir les buralistes à qui on a fait bénéficier d'une taxe, d'un financement supplémentaire. Bercy entretient volontairement la consommation tabagique à un niveau élevé, elle a baissé dans les autres pays européens. L'Angleterre il y a dix ans avait le même niveau que nous, aujourd'hui 10% de moins", estime l'addictologue.

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© REUTERS

Alcool : le petit verre en baisse, l'ivresse augmente. L'OFDT s'alarme également de l'évolution de la consommation d'alcool. Car si le "verre quotidien" n'a plus la cote chez les Français, il a été remplacé par les "alcoolisations ponctuelles importantes", aussi appelées binge drinking chez les Anglo-saxons. Comprenez : boire rapidement jusqu'à l'ivresse totale. Le problème, c'est que ce phénomène connaît un engouement particulier chez les adolescents et les jeunes adultes : 53 % en font l'expérience au moins une fois par mois.

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Les jeunes Français, grands consommateurs de cannabis. Seul le cannabis semble reculer. 2% des Français disent en fumer régulièrement. Le rapport relève ainsi que l'usage régulier (dix fois par mois) a été divisé par deux chez les jeunes. L'attrait pour la cannabis reste toutefois très important en France : en 2011, l'Hexagone était le pays avec la plus forte proportion de jeunes consommateurs de cannabis, sur 36 Etats ayant participé à l'étude. "Tous les experts sont d'accord pour dire que la consommation chez les jeunes est la plus dangereuse et la plus nocive. S'il doit y avoir une action forte, elle doit porter sur les moins de 18 ans, avec limitation de l'accès à tous les produits et une incitations aux soins plus précoces. La politique actuelle qui consiste à pénaliser les usagers, 200.000 interpellations, ne représente que 10% des usagers, il y a un sentiment d'impunité. Elle donne sur des stages très chers ou des rappels à l'ordre qui ne servent à rien. La politique exagérément répressive vis à vis des consommateurs n'a pas produit d'effets", estime encore Michel Reynaud sur Europe 1.