La faute n’est plus un vilain défaut ?

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La faute n’est plus un vilain défaut ?
18% des recruteurs n'attachent "aucune importance" à l'orthographe des CV, selon une étude du cabinet Robert Half.@ MAXPPP
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Une étude montre que les recruteurs s’avèrent plus indulgents aujourd’hui dans les CV.

Les recruteurs sont de moins en moins exigeants en matière d’orthographe. C’est en tout cas ce que révèle une étude du cabinet de recrutement Robert Half. Les responsables des ressources humaines, les financiers ou encore les dirigeants français sont seulement 5% à ne pas conserver un CV avec une faute. Et seuls 20% des recruteurs français les écartent s’ils aperçoivent cinq fautes.

De plus en plus de fautes

Des chiffres qui ne surprennent pas les cabinets de recrutements, à l’image de Nathalie Thierrée, directrice de la société TN consulting. Car, explique-t-elle à Europe 1, son cabinet "reçoit des CV avec des fautes d’orthographe, de grammaire et de syntaxe". Et, déplore-t-elle, "c’est une tendance qui s’affermit dans le temps". D’autant que "la génération des jeunes fait plus de fautes que les seniors entre 40 et 50 ans".

Les nouvelles technologies - et particulièrement les SMS et les mails - sont particulièrement montrées du doigt par les spécialistes en emploi. Maintenant, "les candidats ont la fâcheuse tendance à écrire leur CV de façon précipitée", estime Guillaume Colein, le directeur associé de Robert Half, interrogé par Europe1.fr.

"Ce manque de préparation minimise les chances des candidats", ajoute-t-il, "car en règle générale la faute d’orthographe n’est pas appréciée en France". Et d’assurer : "il faut l’éviter du mieux que l’on peut car plus on fait de fautes, moins on multiplie ses chances d’être contacté".

A chacun sa méthode…

Certains recruteurs peuvent toutefois être indulgents. Comme Catherine Larerre, la responsable du développement des ressources humaines dans la filiale francilienne du groupe Spie, consultée par Europe1.fr. "Quand il y a une faute, cela ne me choque pas", détaille-t-elle-même si elle aspire à différencier les cadres et les ouvriers.

"Pour un cadre, on sera peut-être plus exigeant, mais une faute, on laisse passer". Ce qui ne sera pas le cas au bout de "deux-trois fautes". "Il faut vraiment qu’il y ait des compétences avérées qui nous permettent de passer outre", justifie Catherine Larerre.

Une tolérance s’est instaurée

"Il y a une tolérance qui s’est instaurée au fil des années", confie à Europe 1, pour sa part, Xavière Phisel, du cabinet de recrutement par approche directe Sirca. "Clairement, ce n’est pas éliminatoire sauf dans des cas où ce serait un élément objectif de sélection de candidature", analyse-t-elle. Mais de là à dire que le seuil de tolérance des recruteurs face à l’orthographe s’est amoindri, il y a un grand pas.

Elle diffère donc surtout en fonction du poste pour lequel postule le candidat. Pour Guillaume Colein, de Robert Half, "le recruteur va être plus à cheval sur l’orthographe lorsqu’il s’agit d’un poste de journaliste par exemple. Et dans ce cas-là, les fautes sont même discrimantes à l’embauche. Mais pour un comptable, les recruteurs peuvent être plus indulgents. Parce qu’on ne leur demande pas d’être de grands littéraires".

L’orthographe devient une denrée rare…

"L’orthographe est une denrée qui se perd. Et, à compétence égale, ça peut être un atout", assure Jérôme Bonnet, directeur exécutif chez Page Personnel, à Europe1.fr. "Je pense que pour un informaticien, une infirmière ou un technicien, on apprécie l’orthographe : c’est toujours une preuve de culture générale", met-il en exergue.

De même, plaide-t-il, "en communication, dans le journalisme ou dans l’assistanat, l’orthographe, c’est un critère toujours important". Et, déplore-t-il, "ça laisse augurer le peu de compétences professionnelles".

Les candidats fâchés avec l’orthographe peuvent toutefois se rassurer. Car, cette même étude révèle que seuls 73% des recruteurs examinent le CV envoyé. Et 27% d’entre eux passent le CV à la loupe en moins de cinq minutes...