La drogue envahit le monde du travail

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La drogue envahit le monde du travail
Certaines entreprises sont obligées de recourir à des dépistages réguliers.@ MAX PPP
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ENQUETE - Certaines entreprises sont obligées de recourir à des dépistages réguliers.

Un Français sur dix consommerait de la drogue au travail. L’INPES, l’Institut national de prévention et d’éducation pour la santé, a publié lundi son baromètre santé qui confirme cette tendance : une part importante de salariés se drogue au travail, parfois même sous les yeux de leurs collègues et les dépistages des entreprises restent encore peu nombreux. Tour d’horizon de ce phénomène. 

>> Qui sont ces consommateurs ?

La drogue au travail n’épargne plus aucun secteur d’activité, plus aucune couche sociale. Selon l’étude, les salariés du secteur de la construction (32,7%) et de l'hôtellerie-restauration (26%) sont parmi les plus gros consommateurs de substances psychoactives.

On peut pourtant distinguer plusieurs types de consommateurs. Il y a ceux tout d’abord ceux qui se droguent à la maison et qui emportent leur consommation au travail. C’est le cas de François, 44 ans, qui a un lourd passé de cocaïnomane. Il a alterné des phases de sevrage et des rechutes. Depuis deux ans, il a un traitement de substitution qui lui permet de travailler comme livreur. "J’avoue, parfois, je me fais un petit extra. C’est rare parce qu’au boulot, on ne peut pas se permettre de travailler sous cocaïne, d’arriver les yeux défoncés. Moi je pense que dans mon entreprise, je ne dois pas être le seul à en prendre", témoigne François sur Europe 1.

D’autres salariés avouent consommer de la drogue pour tenir la cadence au travail. En général, il s’agit des professions où le stress et la pression sont très présents comme les traders, les cadres de la publicité ou du marketing. Mais pas uniquement. La cocaïne est aussi particulièrement prisée dans le secteur des arts et spectacles : près d’une personne sur dix en a consommé au moins une fois dans sa vie. Cette substance est également plus courante dans le domaine de l’information-communication, où 6,9% des actifs en ont déjà consommé, contre 3,8% pour l’ensemble des actifs.

Selon le docteur Michel Hautefeuille, psychiatre à l’hôpital Marmottan, ces néo-consommateurs ont tous en commun l’usage de la cocaïne comme stimulant pour assurer au travail. "Ils vont utiliser des micro-doses de cocaïne pour avoir un état de vigilance constant ou d’excitation sur toute la journée de travail. Mais je suis toujours étonné par ces patients qui m’expliquent qu’ils travaillent dans des open spaces où tout le monde est sous le regard de tout le monde et qu’ils prennent ces micro doses de cocaïne sur leur bureau. Il n’y a personne qui voit ou personne qui veut voir", explique ce médecin spécialiste de l’addiction.

"Personne ne voit ou personne ne veut voir" :

Pour l'ecstasy, 3,3% des actifs rapportent en avoir consommé dans leur vie, un taux qui grimpe à 7,9% dans l'hôtellerie-restauration, et 7,3% dans les arts et spectacles.

>> Comment les entreprises réagissent ?

Selon le psychiatre Michel Hautefeuille les entreprises ne réagissent pas suffisamment car dit-il, "c’est bien pratique d’avoir des salariés très motivés, très performants" même si cet état euphorique est souvent très éphémère.

Néanmoins, certaines entreprises ont pris ce problème de drogue au travail très au sérieux. Par exemple, à la SNCF, un dépistage annuel est obligatoire depuis 2004 pour les 75.000 conducteurs de trains ou aiguilleurs. Impératif de sécurité des passagers mais aussi souci de faire des économies. "La prévention nous rapporte plus qu’elle nous coûte. Ce n’est rien au regard d’un agent qui serait retiré de la production. C’est le coût de son salaire plus de la non-production. Tout son absentéisme coûte beaucoup plus cher que 200 euros de visites de dépistage. C’est 'peanut'", explique Sylvie Botrel, chargée de prévention à la SNCF. L’entreprise ferroviaire dépense près de 20 millions d’euros par an pour effectuer ces dépistages.

>> Le dépistage fonctionne-t-il bien ?

Cette prise en compte a permis à la SNCF d’obtenir de bons résultats : il y a huit ans, 1.200 agents qui se droguaient. Ils sont deux fois moins aujourd’hui. La SNCF assure que personne au sein de l’entreprise n’a été licencié pour ce motif. Chaque salarié a bénéficié d’un suivi médical personnalisé, la seule garantie pour être sûr que ce phénomène ne se multiplie pas dans l’entreprise.

Selon l’étude, quatre secteurs apparaissent comme de bons élèves en matière de consommation de drogues : l'administration publique, l'enseignement, le milieu de la santé et de l'action sociale, et les activités de services des ménages (femmes de ménages, cuisiniers, concierges, garde d'enfants...).

Selon les professionnels de santé, ceux qui se droguent pour être performants au travail s’en sortent plus facilement. Il suffit de réduire son stress ou bien encore d’adapter le salarié à un poste qui lui convient mieux. Pour les autres, les vrais dépendants, le sevrage est beaucoup plus long.