La Corse libérée, ce résistant se souvient

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La Corse libérée, ce résistant se souvient
@ Europe 1 / Pierre de Cossette
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TÉMOIGNAGE E1 - 70 ans après la libération de l'île, Ernest Bonacoscia raconte son expérience avec les "goumiers".

Un an avant la Libération, le 8 octobre 1943, la Corse devient le premier département libéré de métropole. Une victoire qui n'aurait pas été possible sans le soutien des soldats marocains venus en nombre pour combattre aux côtés des Corses. 70 ans plus, l'île de Beauté célèbre cet anniversaire. François Hollande est attendu vendredi à Ajaccio.*

>> Ecoutez le reportage de Pierre de Cossette pour Europe 1 :



"Les Marocains sont venus donner leur vie...par Europe1fr

>> Europe 1 s'est rendu à Bastia pour rencontrer Ernest Bonacoscia, guide des "goumiers", les combattants marocains en Corse. Récit.

Décoré de la Légion d'honneur. Le vent souffle si fort sur les hauteurs de Bastia qu’il s’accroche à sa casquette. Ernest Bonacoscia a 84 ans et connaît encore comme sa poche les plaines où se sont déroulés les combats avec les Nazis. "On est au col de Teghime. Ce que vous voyez là-bas, en bas, c'est l'étang de Biguglia", se souvient le vieil homme, officier de la Légion d'honneur et de l'Ordre national du mérite.

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"Je savais où étaient les mines". En 1943, Ernest Bonacoscia a 14 ans et il ment sur son âge pour aider les "goumiers", les combattants marocains, à venir de l'ouest de l'île pour prendre Bastia. "Je connaissais les chemins de passage, je savais où étaient les mines. Donc je me suis retrouvé avec eux. On a progressé lentement, il y avait un brouillard épais, on ne les voyait pas. Et d'un coup, le brouillard s'est levé, il y a eu un peu de vent, et là, on s'est retrouvé au milieu des Allemands. Alors les Allemands ont pris un groupe de "goumiers" prisonniers. Et les "goumiers" ont pris un groupe d'Allemands", raconte-t-il avec force détails.

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"Ils nous ont fait tomber les chaînes". Trois jours plus tard, Bastia est la dernière ville de Corse libérée. Ernest Bonacoscia porte alors sur le dos une djellabah avec les gallons de capitaine, offerte par un "goumier". 70 ans après, il n'a pas oublié : "les Marocains n'avaient ni parti à défendre, ni maison, ni foyer. Ils sont venus donner leur vie gratuitement. Nous avons essayé de casser le cadenas, mais eux, ils nous ont fait tomber les chaînes."

A côté d'Ernest Bonacoscia, se trouve le monument d'hommage aux "goumiers". Dans les combats du col de Teguime, 49 d'entre eux sont morts. Et en tout, près de 200 Marocains ont péri pour libérer la Corse. 

Pour approfondir le sujet : Corse 1943, les combattants de la liberté, Roberto Battistini, Marie Ferranti, Edition Albiana.

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© D.R.