La cigarette tue-t-elle un fumeur sur deux ?

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La cigarette tue-t-elle un fumeur sur deux ?
@ MAX PPP
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FACT-CHECKING - Le professeur Bertrand Dautzenberg affirme qu’un fumeur sur deux meurt de son addiction. Vrai ou faux ?

LA PHRASE - Alors que le prix du paquet de cigarettes s'apprête à grimper à sept euros, les anti-tabac pestent. Ils réclament une hausse à dix euros pour dissuader définitivement les fumeurs. Au cours du débat organisé mardi midi sur Europe 1, Bertrand Dautzenberg, pneumologue et président de l’Office français de prévention du tabagisme, a évoqué un chiffre glaçant : selon lui, un fumeur sur deux mourrait de son addiction.

"Un fumeur sur deux va mourir du tabac. Le tabac tue, tue 73.000 personnes par an, tue la moitié des fumeurs et il faut prendre des mesures efficaces pour lutter contre", affirme le pneumologue.

>> Dans sa chronique, Laurent Guimier revient sur cette déclaration :

 

Une source avérée. Ce chiffre est vivement relayé par les anti-tabacs sur internet. Si le professeur Dautzenberg le cite, c’est parce qu’il émane d’une gigantesque étude épidémiologique britannique, sans doute la plus grande jamais menée par le corps médical.

L’enquête est lancée en 1951. A l’époque, un questionnaire est envoyé à l’ensemble des médecins britanniques, 40.000 au total. Pendant cinquante ans, il leur est demandé de relever l’état de santé de tous leurs patients, fumeurs comme non fumeurs : maladies déclarées, âge du décès… Tous les éléments sont consignés dans ce questionnaire.

Pour quels résultats ? Cette étude a fourni deux enseignements majeurs. D’abord, les médecins ont révélé dès les années 1950 que le cancer du poumon et l’infarctus du myocarde survenaient nettement plus souvent chez les fumeurs. Si cette conclusion paraît aujourd’hui évidente, elle était loin de l’être à l'époque. Cette étude le prouve pour la première fois.

Des chiffres implacables. Deuxièmement, plus de 50% des fumeurs meurent d’une maladie connue pour être liée au tabagisme. C’est le chiffre avancé par le professeur Dautzenberg. Il faut  néanmoins préciser qu’il s’agit de fumeurs réguliers sur une longue période. Par ailleurs, les maladies en question sont à prendre au sens large : cancer du poumon, de la gorge, du larynx mais aussi complications de maladies respiratoires ou cardio-vasculaires. Malgré cela, les conclusions de l’étude sont sans appel : entre 35 et 70 ans, un non-fumeur a 20% de risques de mourir contre 40% pour un fumeur régulier.

Note d’espoir. D’après cette même enquête, avant 30 ans, il n’est pas trop tard pour arrêter. Les fumeurs ayant abandonné la cigarette avant l’âge de raison auraient ainsi la même espérance de vie que les non-fumeurs.

ALORS VRAI OU FAUX ? Le professeur Dautzenberg dit vrai quand il affirme que le tabac tue un fumeur sur deux.