L'"escroc altruiste" devant la justice
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Célèbre depuis le film A l'origine, Philippe Berre a continué ses arnaques, au bénéfice des autres.

Habitué des procès, Philippe Berre retourne à nouveau devant la justice jeudi. Celui qu'on a surnommé "l'escroc altruiste" et qui a inspiré le film A l'origine comparaît jeudi devant le tribunal correctionnel de La Rochelle pour s'être fait passer pour un fonctionnaire du ministère de l'Agriculture. Sauf que son arnaque a eu pour finalité d'aider en mars 2010 les habitants de Charron, une commune de Charente-Maritime qui venait d'être dévastée par la tempête Xynthia.

Un "esthète" de l'arnaque, déjà condamné une vingtaine de fois

Accusé d'escroquerie et de conduite sans permis, cet homme au passé mystérieux de 57 ans a déjà été condamné une vingtaine de fois pour des faits similaires. Il est d'autant plus célèbre que le réalisateur Xavier Giannoli lui a consacré un long-métrage, A l'origine, sorti en 2009.

Le film racontait comment cet arnaqueur a relancé un chantier d'autoroute abandonné dans la Sarthe, à la fin des années 90, en se faisant passer pour un ingénieur. Cette escroquerie lui a valu une condamnation à cinq ans d'emprisonnement, ce qui ne l'a pas dissuadé de recommencer.

Au secours des victimes de Xynthia

Quelques mois après la sortie du film, Philippe Berre récidive donc à Charron, juste après le passage de Xynthia. Il débarque au volant d'un 4X4 kaki équipé d'un gyrophare et se présente comme un fonctionnaire du ministère de l'Agriculture en charge de la coordination des secours.

"Il s'est montré très efficace" pendant les cinq ou six jours où il a oeuvré, se souvient l'ancien maire de Charron, Jean-François Faget. "Tout ce qu'il a engagé à ce moment-là nous a permis d'aller plus vite dans les travaux de remise en état de la commune". "Dès qu'on avait besoin de quelque chose, il réquisitionnait, de manière très efficace, des entreprises, au nom de l'Etat, avec un faux cachet et de faux imprimés", poursuit-il à propos de cet homme "sympathique" qui a transporté des hauts fonctionnaires à bord de son véhicule volé.

Arrêté et rattrapé par la justice

Le 7 mars 2010, "il a voulu faire venir deux chambres froides pour stocker de l'alimentation, alors qu'on n'en avait pas besoin, je me suis renseigné auprès de la préfecture qui m'a dit qu'il n'y avait pas de représentants du ministère à Charron", se souvient le maire. Moins d'une demi-heure après, les gendarmes l'interpellaient et "il n'a pas réagi", selon l'élu.

Déjà condamné par le tribunal de Troyes, il est alors présenté devant celui de Châteauroux et condamné à quatre ans de prison ferme pour 51 infractions d'abus de confiance dans plusieurs départements, entre juin et septembre 2008, au préjudice le plus souvent d'hôtels-restaurants.

"Que vous montriez que j'ai bien fait mon travail"

Depuis l'été 2011, il est détenu à la maison d'arrêt d'Uzerche, en Corrèze, où "il attend avec impatience de s'exprimer sur les faits" au moment du procès, explique son avocat rochelais, Vincent Vanraët. Selon Me Vanraët, c'est "quelqu'un qui est très seul et se sent oublié de la société" et que l'intérêt médiatique du procès "ne dérange absolument pas" en raison de son grand besoin de reconnaissance.

"L'important pour moi, c'est que vous montriez que j'ai bien fait mon travail", se plaisait à répéter Philippe Berre au cinéaste Xavier Giannoli qui, en mars 2010, qualifiait l'arnaqueur "de personnage complexe et contradictoire".