L’Airbus A340 volait sans toutes ses vis

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L’Airbus A340 volait sans toutes ses vis
@ REUTERS
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Un mécanicien a constaté  qu’il manquait 30 vis. "Gravissime", assure le spécialiste d'Europe 1.

L’avion venait à peine de faire l’objet d’une révision en Chine et pourtant il n’aurait jamais dû reprendre la route des airs : il manquait 34 rivets de fixation sur un panneau de carénage. C’est un mécanicien américain qui s’est rendu compte de cette absence mi-novembre et a immobilisé à Boston cet Airbus A340 de la compagnie Air France.

Air France confirme mais rassure

L'A340 était parti de Chine le 10 novembre. Il avait atterri à l'aéroport de Roissy pour une visite de trois jours et fait un aller retour à Bamako et un à Bangalore. Mais l'absence des vis n'a été constatée que le 15 novembre, le panneau ayant commencé à se détacher en vol.

Un porte-parole d'Air France, qui a confirmé l'incident, a indiqué qu'une enquête interne était en cours. Mais il a assuré qu'"à aucun moment, la sécurité des vols" n'avait été mise en jeu et souligné que l'avion n'avait été immobilisé "que quelques heures".

"Taeko a l'agrément de plusieurs autorités"

Pour la compagnie Air France, les contrôles effectués en Chine par l'entreprise Taeko, leader mondiale des "grandes visites", sont fiables comme le précise Eric Prévost, commandant de bord et porte parole d'Air France. "Taeko a l’agrément de plusieurs autorités, L’AFA, l’EASA et la DGAC. Quand nous demandons à Teako de faire ces grands entretiens, quand nous récupérons l’avion, nous, nous procédons à des inspections", assure-t-il.

"Mais on ne va pas refaire tout le travail qu’ils ont déjà fait, on ne va pas redémonter tout l’avion. Ce n’est pas possible. Là, les vis avaient été sous le mastique étanchéité et donc il a fallu que le joint d'étanchéité disparaisse pour pouvoir constater l’absence de ces pièces là", conclut Eric Prévost.

"C’est gravissime"

"A l’évidence, il manquait plus d’une vis sur deux sur la fixation de cette pièce qui fait la liaison aérodynamique entre le fuselage et l’aile de l’avion", a décrypté Bernard Chabbert, consultant aéronautique d’Europe 1, avant de lâcher : " c’est gravissime".

"Ce ne sont donc pas des pièces de structure : c’est simplement de l’habillage mais de l’habillage très important pour l’aérodynamique de l’avion et surtout, si cette pièce se détache et va heurter l’empennage qui se trouve juste derrière, cela peut faire des dégâts allant jusqu’à la perte de l’avion", a poursuivi Bernard Chabbert.

"Ces vis, une fois qu’elles sont en place, sont mastiquées pour que ce soit plus lisse pour l’écoulement de l’air. Il semblerait qu’ils aient même mastiqué les trous des vis manquantes, c’est-à-dire que cela a été mal fait… c’est du boulot de sagouin", a-t-il conclu.

Quelle sécurité lors de révisions en Chine ?

Les syndicats d’Air France déplorent aussi cette défaillance en matière de maintenance et rappellent que l'an passé, un Boeing 747-400 avait lui aussi été immobilisé après une grande visite en Chine : certaines parois de l'avion avaient été repeintes avec de la peinture potentiellement inflammable. L'avion avait volé pendant trois semaines.

"Le fournisseur d'Air France qui a procédé à la grande visite est internationalement reconnu et travaille depuis plus de quatre ans pour Air France. Cet incident est le premier de cet ordre", a répondu le porte-parole de la compagnie.