L'affaire Kerviel revient à la barre

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L'affaire Kerviel revient à la barre
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L'ancien trader de la Société générale est déterminé à démontrer que la banque savait ce qu'il faisait.

Retour de Jérôme Kerviel devant la justice. L'ancien trader, poursuivi pour une perte record de près de 5 milliards d'euros début 2008 à la Société Générale, est jugé par la cours d'appel de Paris. Celui qui a été condamné en première instance à cinq ans de prison -dont trois fermes- et de 4,9 milliards de dommages et intérêts, est déterminé à batailler pour démontrer que la banque savait ce qu'il faisait et a tout fait pour le cacher.

"Rien de nouveau dans ce dossier"

Les échanges s'annoncent tendus. Me David Koubbi, le nouvel avocat très médiatique de Jérôme Kerviel devra faire face aux trois conseils, dont le célèbre avocat d'affaires Jean Veil, qui défendent la banque. Très offensif, David Koubbi, qui a repris le dossier Kerviel fin mars, a porté plainte pour faux et pour escroquerie contre la Société Générale, qui a riposté par des plaintes en dénonciation calomnieuse.

"Je ne vois pas comment la banque pouvait savoir alors que Monsieur Jérome Kerviel a reconnu chez les juges d'instruction en présence de ses avocats puis ensuite devant le tribunal à l'audience en juin 2010 qu'il n'avait jamais expliqué à sa hiérarchie les positions gigantesques qu'il prenait et qui étaient en dehors de son mandat. Il n'y a rien de nouveau dans ce dossier et par conséquent, il me semble que la cours d'appel confirmera la décision du tribunal", a estimé Me Jean Veil au micro d'Europe 1.

En première instance, les carences des systèmes de contrôle étaient avérées. Mais le tribunal avait jugé l'ancien trader entièrement responsable de ce gouffre qui avait failli couler la banque, en pleine crise financière mondiale, et ne lui avait trouvé aucune excuse.

"Enregistrements sauvages"

Me Koubbi assure cette fois pouvoir démontrer par une expertise privée qu'un enregistrement d'une conversation entre Jérôme Kerviel et ses supérieurs au siège de la banque au moment de l'affaire avait été tronqué. Une version que conteste la banque. Elle rétorque que les enregistrements dans une salle des marchés sont gérés par un système de sécurité internationale qui rend toute falsification impossible.

Me Koubbi reproche aussi à la SocGen d'avoir dissimulé qu'elle avait bénéficié d'une déduction fiscale de près de 1,7 milliard d'euros en dédommagement de l'épisode, au titre d'une "perte exceptionnelle". La banque nie aussi cette accusation et assure avoir versé cette information au dossier judiciaire. La banque de son côté reconnaît avoir fait des opérations fictives mais pour liquider le plus vite possible les fausses opérations de Jérôme Kerviel afin d'éviter la spéculation.

Kerviel ne veut "pas assumer les actes de la banque"

Il y a quelques jours, l'avocat a même annoncé avoir saisi le Conseil supérieur de la magistrature (CSM) pour des propos tenus en première instance par le président du tribunal, le très respecté Dominique Pauthe, à qui il reproche d'avoir traité Jérôme Kerviel de "faussaire".

"Il est hors de question que j'assume les actes de la banque et du système et que je paie pour eux", disait Jérôme Kerviel en avril devant la presse, lors de sa première apparition publique depuis son premier procès. Inquiet, tendu, sans emploi et vivant, selon son avocat, de l'aide de ses proches, il espère maintenant échapper à la prison et à une condamnation à rembourser une somme que des milliers d'années ne suffiraient pas à payer.