Karachi : qui est soupçonné de quoi ?

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Karachi : qui est soupçonné de quoi ?
L'enquête sur le financement de la campagne présidentielle de Balladur en 1995 s'est accélérée mercredi. Deux proches de Nicolas Sarkozy sont désormais visés.@ Maxppp et CAPTURE ECRAN YOUTUBE
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L'enquête sur le volet financier se rapproche de Nicolas Sarkozy. Europe1.fr fait le point.

Enquêtant sur le volet financier de l’attentat de Karachi, la justice française s'intéresse à un circuit de corruption présumé ayant accompagné la vente de sous-marins au Pakistan. A des commissions versées à des décideurs – des commissions légales à cette époque - se seraient ajoutées des "rétrocommissions" par lesquelles une partie des sommes versées au Pakistan revenait illégalement en France.

L’enquête doit maintenant déterminer si les sommes récupérées ont servi à financer en 1994-1995 la campagne présidentielle d'Edouard Balladur, alors chef du gouvernement. Nicolas Sarkozy était un de ses ministres, et son porte-parole de campagne. Plusieurs personnalités sont suspectées dans cette affaire de corruption. Europe1.fr tente de préciser les soupçons qui pèsent sur les uns et les autres.

Takieddine, l’intermédiaire. Une mission d'information parlementaire et des éléments des procédures judiciaires ont désigné Ziad Takieddine comme l'intermédiaire par lequel seraient passés 33 millions d'euros de commissions occultes dans le contrat des sous-marins au Pakistan et 200 millions en marge d’un contrat avec l’Arabie Saoudite. Il a été mis en examen le 14 septembre pour "complicité et recel d'abus de biens sociaux", dans le cadre de ces deux contrats.

Selon le site d'informations Mediapart, un témoin entendu le 8 septembre par la police a affirmé que l’homme d’affaires franco-libanais s'était rendu à plusieurs reprises dans le milieu des années 1990 en Suisse pour y retirer des fonds.

Devant le juge Renaud Van Ruymbeke, en charge de l’enquête dans le volet financier du dossier Karachi, l'ex-épouse de Ziad Takieddine a détaillé le lien de ce dernier avec plusieurs dirigeants politiques, dont Nicolas Bazire.

Bazire, ex-directeur de campagne de Balladur. Mis en cause pour son rôle dans le financement de la campagne d'Edouard Balladur en vue de la présidentielle de 1995, Nicolas Bazire est soupçonné d'avoir pris part aux opérations de corruption. Celui qui était également à l’époque directeur de cabinet d’Edouard Balladur a été interpellé mercredi matin à Paris pour être entendu par les enquêteurs de la Division nationale des investigations financières (Dnif). Son domicile et ses locaux professionnels font l'objet d'une perquisition, a-t-on indiqué de source proche du dossier. Il exerce actuellement de hautes fonctions au sein de l’empire du luxe chez LVMH.

Gaubert, ex-conseiller de Sarkozy. L’épouse de Thierry Gaubert, la princesse Hélène de Yougoslavie accuse cet ancien conseiller de Nicolas Sarkozy, ainsi que Nicolas Bazire, d'avoir joué les porteurs de valises. Entendue à la fin de l’été par les policiers de la DNIF (Direction Nationale des Investigations Financières), elle a révélé aux enquêteurs que son ex-mari avait accompagné, en Suisse, Ziad Takieddine, pour aller chercher des valises "volumineuses de billets", durant la période 94-95. Cette descendante du roi d’Italie avait ajouté que l’homme qui récupérait les "mallettes" en France était Nicolas Bazire.

Thierry Gaubert, a été mis en examen le 21 septembre par le juge Renaud Van Ruymbeke.  Il a reconnu avoir ouvert des comptes bancaires destinés à accueillir des fonds non déclarés provenant de Ziad Takieddine.

Balladur, candidat malheureux à la présidentielle. Le juge Renaud Van Ruymbeke pense que l’argent des rétrocommissions a pu revenir en partie en France pour financer en 1995 la campagne présidentielle de l’ancien Premier ministre, qui a utilisé selon la police plusieurs millions d'euros en espèces. La preuve manque pour établir cette supposée corruption, qui est niée par Edouard Balladur. Ce dernier a parlé de produits de vente de gadgets, puis de dons de sympathisants pour justifier les versements en espèces signalés dans ses comptes de campagne.

Sarkozy, ex-porte-parole de la campagne de Balladur. En 1995, l’actuel chef d’Etat était porte-parole de la campagne d’Edouard Balladur. Un rapport de police luxembourgeois remis au juge Van Ruymbeke le désigne comme l'un des possibles maîtres d'œuvre de la mise en place de circuits financiers au Luxembourg, par lesquels sont passés les commissions du contrat pakistanais.

L’Élysée a fermement démenti dans un communiqué daté du 22 septembre tout lien entre le chef de l'Etat et l'affaire de corruption dans laquelle sont impliqués deux de ses proches : Thierry Guabert et Nicolas Bazire.

"M. Nicolas Sarkozy n'a jamais dirigé la campagne de M. Edouard Balladur. Il n'a jamais exercé la moindre responsabilité dans le financement de cette campagne. Il en était le porte-parole", dit la présidence française dans son communiqué.  "S'agissant de l'affaire dite de Karachi, le nom du chef de l'Etat n'apparaît dans aucun des éléments du dossier", affirme-t-elle dans ce texte.

Nicolas Sarkozy avait déjà contesté les soupçons, notamment dans un aparté avec des journalistes le 23 novembre 2010. "On est dans un monde de fous. Il n'y a pas un seul parmi vous qui croie que je vais organiser des commissions et des rétrocomissions sur des sous-marins au Pakistan, c'est incroyable (...) et ça devient un sujet à la télévision", avait-il dit.        

Jean-François Copé, ministre et porte-parole du gouvernement Raffarin. Entre 2003 et 2005, Jean-François Copé aurait bénéficié de "largesses" du  marchand d'armes Ziad Takieddine pour un montant estimé à 19.050 euros, selon les informations de Mediapart. "Il s'agit pour l'essentiel d'invitations et de déplacements au cap d'Antibes, à Londres, à Venise et à Beyrouth. Ces dépenses pourraient faire partie du périmètre du "recel" d'abus de biens sociaux reprochés à M. Takieddine sur les sommes obtenues sur les marchés d'armement", peut-on lire sur le site.