Karachi : Léotard entendu par le juge

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Karachi : Léotard entendu par le juge
François Léotard sera entendu lundi par le juge Trévidic.@ Maxppp
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L’ancien ministre de la Défense a été entendu lundi, en tant qu’acteur clé de l’affaire Karachi.

François Léotard a été entendu lundi après-midi, pendant près de cinq heures, par le juge Marc Trévidic dans l'affaire Karachi. L'ancien ministre de la Défense a ensuite quitté le palais de justice de Paris par une porte dérobée sans faire de déclaration.

Mais dans une tribune publiée dimanche sur Rue89, il avait commencé à livrer sa version des faits. François Léotard affirmait notamment que "l'attentat de Karachi a été directement provoqué par deux éléments qui se sont conjugués" : "l'arrêt des commissions" décidé par Jacques Chirac et "la vente à l'Inde par le gouvernement français de sous-marins plus performants que ceux qui avaient été livrés au Pakistan auparavant, contrairement aux engagements pris".

"Une guerre de trente ans au niveau de la droite"

Et l'ancien ministre s'en prenait directement à Jacques Chirac, Dominique de Villepin, alors secrétaire général de l'Elysée, et Charles Millon, à l’époque ministre de la Défense, qui ont fait preuve, selon lui, d'une "grande légèreté" en stoppant ces commissions.

Me Morice, conseil des familles de victimes, appuie l'existence de ce volet politique. "François Léotard affirme que c’est le résultat d’une guerre de trente ans qui existe au niveau de la droite. Les familles des victimes sont décidées à réfléchir pour savoir s’il n’y a pas lieu d’entendre tous ces hommes politiques", a déclaré l'avocat, qui a assisté à l'audition. "Les parties civiles se demandent s’il ne serait pas aussi opportun que l’ancien président de la République, Jacques Chirac, soit entendu. Il est inconcevable au stade des investigations où nous en sommes, qu’il ne puisse pas fournir des explications à la justice."

"Une vengeance de personnes"

Déjà, en décembre 2009, devant la mission parlementaire sur l'attentat de Karachi, il avait donné son "sentiment personnel", selon lequel il y aurait eu un lien entre l'arrêt de ces commissions et l'attaque ayant coûté la vie à 11 salariés de la Direction des constructions navales (DCN) le 8 mai 2002.

"Soit c'est Al-Qaïda, mais cela me paraît peu probable, compte tenu de la nature des explosifs utilisés, soit c'est une vengeance de personnes n'ayant pas touché leur part de commissions", expliquait François Léotard selon le procès-verbal de son audition, publié récemment par Mediapart.

"Une inversion des responsabilités"

D'autres témoins dans cette affaire évoque de leur côté le financement de la campagne présidentielle d'Edouard Balladur en 1995. Une version contestée par François Léotard. Dans la tribune publiée dimanche, il dénonce "une étrange inversion dans l'examen des responsabilités à considérer Balladur, Léotard et Sarkozy comme à l'origine de cette tragédie". Nicolas Sarkozy était, lors de la signature du contrat, ministre du Budget dans le gouvernement Balladur. Devant les parlementaires, François Léotard avait déjà assuré qu'"Edouard Balladur était intransigeant sur le respect de la légalité et des procédures".