Juges "bâtards" : la riposte des magistrats

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Juges "bâtards" : la riposte des magistrats
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RÉACTION - Après les révélations de Mediapart, le président de l'Union syndicale des magistrats estime que les écoutes téléphoniques étaient "justifiées".

Le terme "bâtard", qu'aurait utilisé l'avocat de Nicolas Sarkozy pour qualifier les juges qui enquêtent sur l'affaire Bettencourt, ne passe pas auprès des principaux concernés. Une synthèse des écoutes téléphoniques, révélée mardi par Mediapart, appuie en effet les soupçons de la justice sur un éventuel "trafic d'influence" et une "violation du secret de l'instruction" et qui ont provoqué l'ouverture d'une nouvelle enquête, visant Me Herzog, Nicolas Sarkozy et Gilbert Azibert, un haut magistrat. Christophe Régard, le secrétaire national de l'Union syndicale des magistrats (USM), dénonce de son côté les pratiques et l'attitude de Me Herzog dans la gestion de ce dossier épineux.

Ce que révèlent les écoutes. Le contenu des échanges téléphoniques entre Nicolas Sarkozy et son avocat laisse entendre que Thierry Herzog était bien en contact avec Gilbert Azibert, magistrat à la cour de Cassation, qui le renseigne sur la procédure Bettencourt et qui lui dévoile même l'avis confidentiel du rapporteur. "Il a bossé", dit ainsi Me Herzog à Nicolas Sarkozy, le 29 janvier. L'avocat ne doute pas que les magistrats de la plus haute instance suivent les réquisitions. Le lendemain, les deux hommes se montrent une nouvelle fois confiants quant à l'annulation de la saisie des agendas de l'ex-président. "Ce qui va faire du boulot à ces 'bâtards' de Bordeaux", lâche Thierry Herzog, en parlant des juges d'instruction qui avaient mis en examen Nicolas Sarkozy dans le dossier Bettencourt.

"Quelque chose qui n'est pas du tout adapté". "Qu'un avocat parle des 'bâtards' en parlant de juges qui ont rendu une décision qui ne lui convenait pas c'est évidemment, eu égard au serment qui est prêté par les avocats, qui sont des auxiliaires de justice, quelque chose qui n'est pas du tout adapté. On a un peu le sentiment en entendant ça, qu'il y a une organisation de la défense qui passe par un certain nombre de pressions amicales, pour obtenir des juges de la cour de Cassation une décision favorable", a riposté Christophe Régnard au micro d'Europe 1.

"Ils vont regretter d'avoir tenu ces propos imprudents". "J'ai envie de dire à tous ceux qui depuis dix jours parlent du complot des juges, ou des atteintes graves au secret professionnel des avocats, qu'à la lecture de ces événements, ils vont regretter d'avoir tenu ces propos imprudents. Manifestement, ce qui existe, et ce qu'il y a dans ces écoutes, justifient pleinement qu'il y ait des investigations supplémentaires qui soient menées, pour déterminer si, oui ou non, il y a trafic d'influence, qui n'est autre en réalité que une espèce de forme de corruption", a insisté Christophe Régnard.

La polémique se poursuit. Après les révélations de mise sur écoutes de Nicolas Sarkozy et Me Herzog, des avocats avaient dénoncé dans une lettre des "atteintes graves et répétées" au secret professionnel. Pour eux, les écoutes et les perquisitions constituaient une atteinte fondamentale aux droits de la défense. Ils avaient donc décidé de lancer une pétition qui a recueilli plus de 400 signatures. Le bâtonnier de Paris avait, pour sa part, écrit à François Hollande pour lui dire "l'émoi" de la profession après les écoutes de l'avocat de Nicolas Sarkozy.

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