Jugé pour avoir dit non aux pesticides

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Jugé pour avoir dit non aux pesticides
@ Max PPP
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Un viticulteur bourguignon comparaît lundi devant le tribunal de Dijon pour avoir refusé de traiter ses vignes contre un risque d'épidémie de flavescence dorée.

Il comparaît devant la justice... pour avoir refusé de déverser des pesticides sur ses ceps. Un vigneron bio de Côte-d'Or est jugé lundi devant le tribunal de Dijon pour avoir refusé de traiter ses ceps contre un risque hypothétique d'épidémie de flavescence dorée, une grave maladie touchant les vignes. Cette affaire divise militants écologistes et profession viticole.

>>> Mise à jour le 24/02/14, à 17 heures : le parquet a requis lundi une amende de 1.000 euros pour moitié avec sursis. Le jugement sera rendu le 7 avril.

Le préfet appelle tous les vignerons à traiter leur vigne. Tout commence en juin 2013, après la découverte de foyers de la maladie près de Beaune. Le préfet impose alors à tous les vignobles du département de traiter leurs vignes contre la cicadelle, l'insecte qui répand la flavescence dorée.

Le vigneron refuse pour maintenir l'équilibre biologique. Mais Emmanuel Giboulot, viticulteur en biodynamie, refuse tout traitement sur les dix hectares qu'il exploite en Côte de Beaune et Haute-Côte de Nuits. Même à la pyréthrine, pesticide naturel. Pour lui, tous les traitements vont à l'encontre des "équilibres biologiques", principe fondamental de la biodynamie qu'il applique depuis les années 1970. Selon lui, l'application du traitement recommandé par la préfecture aurait pour conséquence de tuer de nombreuses abeilles et de détruire "toutes sortes d'insectes nécessaires à la régulation de la vigne".

C'est ce qu'il explique dans une vidéo publiée sur son site :

"Cette flavescence dorée n'était pas présente dans le département de la Cote d'or. Donc, je considérais que le traitement n'était pas justifié. Et cet insecticide n'est pas sélectif, il va détruire au delà de ce qu'on appel la faune auxiliaire, qui a un rôle de régulation de population, d'acariens par exemple. C'est pour cette raison que je ne souhaitais pas mettre ce produit", détaille-t-il au micro d'Europe 1.

Une mesure pourtant "obligatoire". S'appuyant sur la "réglementation européenne et nationale", le chef du Service régional de l'alimentation, Olivier Lapôtre, a expliqué que "pour que le traitement soit efficace, il faut que les vignes aient été traitées par tous".

"C'est une maladie mortelle et très contagieuse, c'est pour cette raison que ces mesures sont obligatoires. Ça peut détruire des vignobles entiers. Les viticulteurs biologiques, lorsqu'ils sont responsables, utilisent ces produits.", a-t-il souligné au micro d'Europe 1. Car la flavescence dorée peut tuer tous les pieds de vignes en moins de trois ans.

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6 mois de prison encouru. Après un contrôle de la Direction régionale de l'agriculture en juillet 2013, Emmanuel  Giboulot a donc été convoqué devant la justice. Il encourt six mois d'emprisonnement et 30.000 euros d'amende. Mais pour l'avocat du vigneron, Me Benoist Busson, le préfet a fait du zèle.

Le conseil rappelle d'ailleurs qu'en 2003, le ministère avait pris un arrêté contre la flavescence dorée limitant géographiquement l'action à mener en cas de maladie. Ce texte, revu récemment, précise que lorsqu'un cep est contaminé sur une parcelle, le périmètre de lutte inclut la commune où elle se trouve et éventuellement ses voisines, "mais pas tout le département", a relevé l'avocat.

De nombreux soutiens sur Internet. En soutien au vigneron une pétition ainsi qu'une page Facebook ont été lancées. Elles recueillent respectivement plus de 400.000 signatures et près de 300.000 likes. Une mobilisation qui pourrait jouer en la faveur du vigneron lundi. Certains des signataires de la pétition et défenseurs du bio ont d'ailleurs prévu de se rendre au procès lundi.

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