José Anigo : Marseille "m'a pris un enfant"

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INTERVIEW E1 - Huit mois après l'assassinat de son fils Adrien, José Anigo revient sur son combat contre la délinquance.

José Anigo sort du silence. Huit mois après l'assassinat de son fils Adrien, le directeur sportif de l'Olympique de Marseille se confie. Quelques jours après un nouveau règlement de comptes à Marseille, l'entraîneur du club revient sur la délinquance qui sévit dans la cité phocéenne. Il explique comment, après le meurtre de son fils, il a décidé de s'engager pour endiguer la vague de violence qui s'abat, notamment sur les quartiers nord de Marseille.

"Le passage à l'acte est devenu une banalité". Avant de se battre contre la délinquance dans sa ville, José Anigo tente d'abord d'expliquer l'augmentation des règlements de comptes, surtout dans les quartiers nord. Selon lui, "la violence a toujours existé à Marseille", mais c'est "la circulation de plus en plus importante des armes" qui changent la donne. "Vous voyez bien qu'un jeune qui meurt, meurt la plupart du temps avec des armes de guerre. Le passage à l'acte est devenu une banalité parce qu'aujourd'hui ces jeunes sont maintenant habitués à tuer pour tout et n'importe quoi", analyse José Anigo.

La prison ? "Des centres de formation de la délinquance". Pour l'entraineur, la solution n'est toutefois pas celle proposée par Samia Ghali qui propose de faire appel à l'armée pour résoudre les problèmes de trafics de drogues à Marseille. "Par contre, on peut se servir de certaines choses. Les mineurs que l'on envoie, est-ce la bonne solution ? N'a-t-on pas intérêt à se servir de l'armée pour ce qui existait avant, les construire avec des militaires ? Ce sont des jeunes qui n'ont aucune structure, ils ne vont pas à l'école, ou n'y ont pas été beaucoup. Ils ont des structures familiales éclatées, donc c'est très compliqué pour eux. Ce sont des jeunes qui ont besoin d'accompagnement. Les mettre en prison, c'est les mettre dans un centre de formation de la délinquance", estime le directeur de l'OM.

"Mettre les jeunes en prison, c'est les mettre dans une centre de formation à la délinquance" :



José Anigo : "Mettre les jeunes en prison, c...par Europe1fr

"Le sport, le soutien scolaire, la culture". C'est pour trouver une solution et venir en aide à ces mineurs que José Anigo a décidé de monter une association baptisée Urban Factory. "Ce qu’on veut, c’est le sport, le soutien scolaire, la culture. Pas forcément le foot, mais le sport dans son ensemble, ça peut être des sports de combat. Quand on fait du judo, de la boxe, on apprend aux gamins à respecter l'adversaire. Il y a de la culture, il peut y avoir du théâtre, de la chanson. Plein de gens veulent nous aider, motivés parce que cette ville mérite bien qu'on fasse quelque chose pour ses enfants", constate José Anigo.

Marseille "m'a pris un enfant". Et dans son projet, l'entraîneur peut compter sur le soutien de son club. "Le club a accepté de jouer son rôle social, ce n'est pas qu'une machine à fric, qui paie des joueurs. L'OM a un rôle important, c'est le cœur de cette ville, les gens se retrouvent au Vélodrome. Le club doit aider et rendre à cette ville ce que cette ville lui donne", estime-t-il. Confiant dans l'avenir, à condition que les moyens soient donnés à Marseille, José Anigo assure qu'elle "ne lui fait pas peur, même si elle m'a pris un enfant". Et de conclure : "à Marseille, nous avons besoin de moyens, de force, pour arrêter tout ça : les gens en ont vraiment marre ici."

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