Ils vivent avec le nucléaire

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Ils vivent avec le nucléaire
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REPORTAGE - Près de la centrale de Saint-Laurent-des-Eaux, le drame japonais fait réagir.

A Saint-Laurent-des-Eaux, dans le Loir-et-Cher, le nucléaire, on connaît. D’abord en raison de la proximité d’une centrale dont les réacteurs sont refroidis par l’eau de la Loire. Ensuite parce que le site a été le théâtre de deux des accidents les plus graves du secteur en France, en 1969 et en 1980. Et les habitants ne sont pas indifférents à ce qui se passe au Japon, où le séisme a provoqué une catastrophe nucléaire sans précédent.

"On grattait l’uranium à la main"

Depuis ce week-end, la pharmacie du village ne désemplit pas. "Les pastilles d'iode partent comme des petits pains. J’en vends deux à trois fois plus que d’habitude", assure Jean-Bernard, propriétaire du commerce, au micro d’Europe 1. "Les gens s’inquiètent. Ils sont un peu affolés. Ils ont regardé leurs boîtes de pastille d’iode, souvent elles étaient périmées. Donc ils sont venus rechercher d’autres boîtes. Et j’ai effectivement un afflux depuis samedi à cause de ce qui se passe au Japon."

Pour autant, ce n’est pas parce que les habitants sont vigilants qu'ils sont paniqués. Au village, le calme règne, à l’image de Christian, un ancien de la centrale, qui était déjà là en 1969, quand cinq barres d’uranium sont accidentellement entrées en fusion. "Le nucléaire, je connais", explique-t-il sereinement. "Quand l’incident est arrivé, il a fallu aller nettoyer à l’intérieur du réacteur. Personnellement, je suis intervenu pendant six minutes. Le rayonnement auquel on était soumis faisait qu’on ne pouvait pas travailler plus longtemps. Car ça représentait déjà la dose qu’un agent reçoit normalement pendant un an. On grattait directement l’uranium à la main. Il fallait passer par un sas, grimper par une échelle. On était dans un environnement hostile", se souvient Christian, qui n’a gardé aucune séquelle de cette intervention.

"Plusieurs entraînement chaque année"

Si les habitants gardent leur calme, c’est aussi qu’ils participent aux exercices régulièrement organisés, comme partout en France autour d’un site sensible. "Chaque centrale fait plusieurs entraînement chaque année. Et tous les trois ans, chaque centrale fait un test de plus grande ampleur", précise Philippe Sasseigne, directeur adjoint de la production nucléaire d'EDF. "Le rôle des équipes d’EDF dans une centrale, c’est de gérer la sûreté du réacteur. Après c’est à la charge des pouvoirs publics de gérer tout ce qui concerne l’extérieur à la centrale."

Les pouvoirs publics souhaitent d’ailleurs tirer les premiers enseignements de la catastrophe Fukushima. Une réunion d’urgence sur le sujet est organisée dès jeudi au conseil général du Loir-et-Cher.