Homophobie : prison ferme contre les agresseurs d'Olivier et Wilfried

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Homophobie : prison ferme contre les agresseurs d'Olivier et Wilfried
@ Capture Ecran
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Les agresseurs d'un couple d'homosexuels ont été condamnés mardi à 30 mois de prison, dont 12 et 15 mois de sursis avec mise à l'épreuve.

L'agression sauvage dont ils avaient été victimes avait suscité l'émoi, l'an dernier, en plein débat sur le mariage gay. Olivier et Wilfred, un couple d'homosexuels, sont aujourd'hui satisfaits des peines auxquelles viennent d'être condamnés leurs agresseurs. Ces derniers ont été condamnés mardi à 30 mois de prison, dont respectivement 12 et 15 mois de sursis avec mise à l'épreuve. Le tribunal correctionnel de Paris a reconnu la circonstance aggravante de l'agression en raison de l'orientation sexuelle. Les deux jeunes hommes, âgés de 19 et 20 ans, qui comparaissaient détenus, ont été maintenus en détention. Un troisième a été condamné à six mois avec sursis, pour n'avoir pas tenté d'empêcher le délit, et un quatrième, mineur au moment des faits, doit comparaître devant un juge des enfants.

"Ah ! Des homosexuels !". L'agression s'était déroulée dans la nuit du 7 au 8 avril 2013, dans le XIXe arrondissement de Paris. "On venait de quitter une soirée joyeuse entre amis, c'était le printemps, on avait décidé de rentrer à pied et puis tout a basculé", raconte Wilfred. "Tout s'est passé très vite", a dit Olivier aux enquêteurs. Alors qu'ils sont "bras dessus, bras dessous", Olivier entend crier "Ah ! des homosexuels !", selon les enquêteurs. "Immédiatement après, il recevait un coup de poing au niveau de l’œil droit, d'un individu situé derrière lui", décrit une source judiciaire.

Pendant ce temps, Wilfred, pantalon rose et chaussures en daim bleu, est à terre. Plusieurs personnes lui assènent des coups au visage avant de prendre la fuite. Olivier se verra octroyer un jour d'incapacité totale de travail et Wilfred, cinq.

Une photo marquante publiée sur Facebook. De l'avalanche des coups qui est tombée sur le couple est restée une photo : le visage tuméfié de Wilfred. Le jeune homme avait diffusé la photo sur sa page Facebook, au lendemain de l'agression. "Nous avons des séquelles physiques et psychologiques, ils ont bouleversé nos vies", avait indiqué Wilfried avant le procès. Il avait également rappelé "les fractures crâniennes, la dent arrachée, le trou aux lèvres inférieures" qu'il a subis, les coups de pied dans le visage, la perte de conscience. Et les hématomes au visage d'Olivier.

"Ne pas se cacher". Lors de l'audience en mai, le procureur avait requis une peine de trois ans de prison, dont un an avec sursis, et une peine de 30 mois de prison, dont un an avec sursis, contre les deux prévenus. Caroline Mécary, avocate des victimes, a salué un jugement "parfaitement équilibré et tout à fait juste à la fois au regard des actes commis et de la personnalité" des mis en cause. Elle y a vu "un message très fort à l'égard de ceux qui seraient tentés d'agresser une personne en raison de son homosexualité".

Wilfred de Bruijn qui a été victime d'une agression, et son ami, s'embrassent, lors d'une manifestation contre l'homophobie en avril 2013, à Paris.

© Max PPP

"Le tribunal a décidé de dire non aux violences gratuites, aux actes lâches et de condamner officiellement la haine de l'autre pour ce qu'il est, homo ou autre chose", s'est félicité Wilfried de Bruijn. Il a exprimé l'espoir que cette décision permette que "tous ceux qui souffrent de violences, de discrimination, sachent que la loi est de leur côté, la société est de leur côté", en les appelant à "ne pas se cacher".

Les agresseurs s'excusent. Les deux agresseurs s'étaient excusés à l'audience, tout comme le troisième prévenu, qui avait pourtant nié jusque-là être présent lors de l'agression. Me Yann Le Bras, défenseur de l'agresseur le plus légèrement condamné, a "regretté le maintien en détention" mais salué une décision "mesurée". "Le jeune homme a pris la mesure totale de la gravité de ce qui s'est passé (...) sa sincérité est passée à l'audience et avec une peine qui est inférieure aux réquisitions je crois que ce message a été entendu". Sur le fond du dossier, il y a vu la "bêtise absolue" d'un "effet de groupe" chez des jeunes gens "très alcoolisés".

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