Harcèlement à l'école : sa fille se suicide, elle demande justice

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Harcèlement à l'école : sa fille se suicide, elle demande justice
@ Europe 1
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INTERVIEW E1 - Nora Fraisse, maman de Marion, se sent abandonnée par l’État. 

L'INFO. Marion, 13 ans, s'est pendue chez elle, à Vaugrigneuse, dans l'Essonne en février dernier. Avant de commettre son geste, la jeune fille avait envoyé une lettre à son collège pour dénoncer le harcèlement qu'elle subissait de la part de certains de ses camarades. Aujourd'hui, neuf mois après, les parents de Marion sont toujours dans l'incompréhension. L'enquête menée par la gendarmerie n'a toujours pas désigné de responsables et le couple a le sentiment d'être abandonné et ignoré par le ministère de l'Education Nationale. Jeudi, avec le concours de leur avocat, Me David Père, ils vont saisir un juge d'instruction au tribunal de grande instance de Paris. Les parents vont également déposer une lettre au cabinet de Vincent Peillon.

>> Nora Fraisse, la mère de Marion, témoignait jeudi matin au micro de Thomas Sotto, sur Europe 1.

• Marion vous a laissé une lettre pour expliquer son geste. Que disait-elle ? "Elle disait que sa vie a dérapé, a basculé. Personne ne l'a compris. Elle décrit les principales insultes, les principales menaces. Elle donne les noms des principaux harceleurs. Elle garde cette douceur et cette sensibilité qui la caractérisaient. Elle trouve les mots justes, les mots doux, malgré sa souffrance. Et elle nous dit adieu. Et elle remercie, elle dit : 'merci pour ceux qui m'aimaient pour ce que je suis et non pas ce que je ne suis pas'".

• En quoi consistaient ces faits de harcèlement ? "Marion, en 6e, avait été embêtée. Mais à l'époque, en 6e et en 5e dans ce même collège, il y avait un principal-adjoint, qui prenait la mesure des faits, qui était très vigilant sur les violences verbales, les violences physiques. Je passais un coup de fil, je mettais un mot dans le cahier de correspondance et le lendemain c'était réglé. En 4e, nouveau principal adjoint et là, tout a basculé. Dès les premiers jours, Marion, quand on a vu la liste des élèves, on a eu très peur."

>> "Quand à 14 ans, délibérément, on pousse quelqu'un au suicide, on se met face à ses responsabilités" :



Nora Fraisse : "Aujourd'hui, les bons élèves...par Europe1fr

• Pourquoi ces élèves s'en prenaient spécifiquement à elle ? "Marion était embêtée à la fois par des élèves de 5e, de 4e et principalement des élèves de sa classe de 4e, qui s'en sont pris à d'autres. Une jeune fille, qui a été prise à partie à plusieurs reprises, qui a été bloquée dans les vestiaires également, avec un briquet et un déodorant en lui disant : 'on va faire de toi un chalumeau'. Son ex petit ami a été battu, mis à terre avec une photo sur Facebook. Alors, ce sont les témoignages que j'ai recueillis, mais sur 600 élèves, bien d'autres doivent subir la même chose, puisque 15% des élèves se disent harcelés et ne le disent pas (selon les chiffres de l'Education nationale, ndlr). 40% des bons élèves s'en plaignent. Marion faisait partie des très bons élèves, elle était brillante. Aujourd'hui, les bons élèves sont stigmatisés".

• Vous en avait-elle  parlé ? "Elle m'a appelé, elle s'était réfugiée aux toilettes, en me disant : "Je ne vais pas bien, il faut que je rentre." Elle a eu des vraies menaces de mort. Elle était attendue le lendemain au collège. Elle était attendue au collège par les harceleurs. Pour lui faire la peau. Et puis, cette démarche, c'est aussi pour les autres enfants, les enfants qu'on connaît. Et puis c'est très difficile de faire face à ce silence, à ce mépris de l’Éducation nationale. Je peux vous dire aujourd'hui : 9 mois après le décès de Marion, aucun enseignant n'a pris contact avec nous. Aucun n'a donné un mot de condoléances."

• Dans quel but allez-vous déposer une plainte contre X ? "Il ne s'agit pas d'une plainte contre X. Avec mon avocat, Me Paire, nous nous constituons partie civile pour violences, homicide involontaire, non-assistance à personne en danger. Et nous demandons la nomination d'un juge d'instruction pour faire toute la lumière sur ce qui s'est passé. Nous avons, du fait de notre enquête personnelle, trouvé des preuves accablantes contre le collège, démontrant un grave dysfonctionnement. Ainsi, nous portons également plainte contre les élèves qui sont nommés dans la lettre".

• Vous allez aussi remettre une lettre à Vincent Peillon. Vous lui avez déjà écrit et vous n'avez pas eu de réponse. "Nous lui avons écrit en février. Nous avons eu une réponse nous présentant leurs condoléances, François Hollande et Vincent Peillon et qu'ils allaient nous aider à faire toute la lumière et qu'ils allaient agir en toute transparence à notre égard. Nous avons réécrit en mars, nous avons réécrit en juin, nous avons réécrit le 9 septembre. Et aujourd'hui encore, aucune réponse. Nous avons appris par la presse qu'une enquête administrative a été diligentée et que le rapport a été rendu au rectorat. Nous demandons cette enquête depuis des mois, nous ne l'avons toujours pas."

>> Mise à jour, le 14/11/13 à 11 heures : Joint par Europe 1, le ministère se refuse officiellement à tout commentaire. "Nous n'avons pas à nous prononcer, le dossier est désormais aux mains de la justice". En off cependant, on reconnaît être très mal à l'aise face à la détresse des parents de Marion. "On aimerait pouvoir leur donner des réponses mais on ne les a pas. On attend les conclusions de l'enquête de gendarmerie", confie-t-on en privé.  

Est-ce que vous vous en voulez de quelque chose ? "Mais bien sûr... En tant que parent, on se dit qu'on a raté sa vie. Bien sûr qu'on culpabilise. On a pris perpète ! Et moi, je dis aux enfants qui nous écoutent : si vous avez peur, dites-le. Si vous ne voulez plus aller à l'école, n'y allez plus ! Il vaut mieux rater une année d'école que rater sa vie. Et moi, je dis quelque chose de très important également, c'est vis-à-vis des harceleurs. Je veux dire aux harceleurs : ce que vous avez fait est intolérable, inadmissible et inexcusable. Ça doit être sanctionné de manière très sévère. Il n'y a pas d'excuse de minorité. Quand à 14 ans, délibérément, on pousse quelqu'un au suicide, quand on l'anéantit, quand on lui fait perdre l'estime de soi, et bien à un moment, on se met face à ses responsabilités. Comme nous, on est face à nos responsabilités, comme les parents de ces harceleurs doivent prendre leurs responsabilités. Il faut donner un signal fort aux harceleurs que ce qu'ils ont fait est sanctionnable par la loi. Et sera sanctionné, j'en suis certaine".